Le concert de la DJ Barbara Butch, samedi 18 avril au festival Cabaret Frappé à Grenoble, a été interrompu après seulement une vingtaine de minutes par plus d'une centaine de militants pro-palestiniens. L'artiste a été contrainte de quitter la scène, et la mairie de Grenoble a annoncé son intention de porter plainte contre X. Cet incident relance le débat sur le boycott culturel des artistes perçus comme liés à Israël.
Barbara Butch, figure connue de la scène musicale française, se produisait dans le cadre de ce festival lorsqu'un groupe de militants a envahi l'espace, scandant des slogans et l'accusant de soutenir Israël. Selon les témoignages, l'atmosphère est rapidement devenue tendue, forçant l'organisation à interrompre le spectacle pour garantir la sécurité de l'artiste et du public. La DJ, qui n'a pas encore commenté publiquement l'incident, a été évacuée par les équipes de sécurité.
La maire de Grenoble, Laurence Ruffin, a fermement condamné ces agissements. « Il y a eu des gestes qui ne sont pas acceptables », a-t-elle déclaré lundi sur franceinfo, annonçant le dépôt d'une plainte contre X. La ministre de la Culture a également qualifié ces perturbations d'« inacceptables », soulignant que la liberté d'expression artistique doit être protégée en toutes circonstances. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a dénoncé une « chasse aux artistes juifs », tandis que des élus locaux de La France insoumise (LFI) ont justifié l'action en invoquant un appel au boycott.
Cet appel au boycott, soutenu par des militants locaux proches de LFI, visait directement Barbara Butch en raison de sa signature d'une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan, un texte controversé sur la lutte contre l'antisémitisme, finalement retiré. Les militants estiment que cette prise de position lie l'artiste à une politique qu'ils jugent complice d'Israël. Cette affaire met en lumière les tensions croissantes autour du boycott culturel en France, où des artistes sont de plus en plus souvent ciblés pour leurs opinions politiques réelles ou supposées.
Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Plusieurs responsables de la majorité présidentielle ont dénoncé une atteinte à la liberté d'expression et un acte d'antisémitisme. De leur côté, des figures de LFI ont défendu le droit des militants à protester, tout en appelant à ne pas cibler des individus. Le débat s'est rapidement polarisé, certains accusant LFI de favoriser un climat de haine. La question du boycott culturel, qui oppose régulièrement défenseurs de la cause palestinienne et partisans d'une séparation stricte entre art et politique, est ainsi revenue au premier plan.
Barbara Butch, connue pour son engagement en faveur des droits LGBTQ+ et contre les discriminations, se retrouve malgré elle au cœur d'une polémique qui dépasse le cadre musical. Son concert interrompu illustre les difficultés rencontrées par les artistes pris dans des conflits géopolitiques. La mairie de Grenoble, en portant plainte, espère envoyer un signal fort contre l'intimidation et la censure. L'enquête devra déterminer les responsabilités exactes, mais l'incident a déjà ravivé les inquiétudes sur la liberté artistique en France.
Ce n'est pas la première fois qu'un événement culturel est perturbé pour des motifs politiques en France. Des pièces de théâtre, des expositions ou des concerts ont déjà été ciblés par des militants, mais l'interruption d'un concert entier reste rare. L'affaire Barbara Butch pourrait faire jurisprudence, notamment sur la question de la responsabilité des organisateurs face à des appels au boycott. En attendant, le festival Cabaret Frappé a exprimé son soutien à l'artiste et promis de renforcer les mesures de sécurité pour ses prochaines éditions.



