N° 256 dimanche 13 septembre 2026

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Culture

DAP Studio conçoit un pavillon à Téhéran à partir des déchets de démolition

Le projet DEBRIS du studio DAP transforme le béton récupéré et l'aluminium recyclé en un pavillon qui interroge le cycle de démolition-reconstruction de Téhéran. Bien que non construit, il propose une architecture où les débris deviennent matériau et mémoire.

DAP Studio conçoit un pavillon à Téhéran à partir des déchets de démolition
This Indonesian House Turns Its Sloping Roof Into a Garden, a Staircase, & a Rooftop Pool

Le studio d'architecture DAP a dévoilé DEBRIS, un projet de pavillon destiné à Téhéran qui prend pour matériau principal les déchets de construction et de démolition de la ville. Conçu dans le cadre d'un concours d'architecture, le projet n'a finalement pas été réalisé, mais son système constructif repose entièrement sur la récupération et le démontage, faisant des gravats une matière architecturale à part entière.

La capitale iranienne connaît une densité de population élevée et un rythme de construction et de démolition qui pèse sur ses systèmes écologiques et infrastructurels. Des bâtiments sont fréquemment abattus et remplacés avant la fin de leur vie utile, principalement sous l'effet de la hausse de la valeur des terrains. Les déchets générés sont rarement considérés comme une ressource et sont repoussés vers les marges de la ville. Ce processus entraîne la perte des ressources matérielles et de la mémoire physique incorporées dans les bâtiments existants.

DEBRIS répond à cette relation entre renouveau et destruction en traitant les déchets de chantier non pas comme un sous-produit à éliminer, mais comme un matériau de construction. Le projet s'appuie conceptuellement sur les idées de Georges Bataille concernant l'excès, la transgression et la part maudite — les aspects rejetés, matériels et apparemment sans valeur de la réalité. Dans ce cadre, les débris deviennent l'expression physique des éléments que le développement urbain exclut habituellement de son image achevée.

Le pavillon combine des blocs de béton récupérés, des gravats de construction, une structure en acier démontable et de l'aluminium recyclé. Les blocs de béton brisés constituent le matériau intérieur principal, tandis que la charpente métallique soutient une enveloppe extérieure faite de feuilles d'aluminium recyclé soudées en une peau continue. Le contraste entre la précision industrielle de l'extérieur et le caractère fragmenté de l'intérieur crée deux conditions matérielles distinctes : une surface lisse et maîtrisée à l'extérieur, des matériaux conservant les marques de la démolition à l'intérieur.

Les blocs de béton brisés sont réutilisés comme cloisons intérieures et disposés de manière à présenter leurs noyaux creux aux visiteurs. Cette orientation crée une continuité visuelle à travers les murs, étendant les vues au-delà du pavillon et produisant un espace où fermeture et ouverture se superposent. Des fragments de gravats sont dispersés sur le sol, perturbant l'expérience conventionnelle d'une surface architecturale propre et finie. La traversée du pavillon devient une rencontre physique avec des matériaux normalement évacués des chantiers, reliant le mouvement du visiteur aux processus de démolition et de reconstruction.

Un intérieur en miroir prolonge la logique matérielle et spatiale du projet. Les reflets multiplient les fragments de béton, les murs et les visiteurs, créant un environnement où architecture, débris et corps se confondent. Les surfaces réfléchissantes rendent de plus en plus difficile la séparation entre le matériau mis au rebut et l'espace architectural, donnant à voir ce qui est habituellement exclu de l'image finale d'un bâtiment.

L'entrée du pavillon est en retrait dans le champ de débris et intègre un chemin accessible aux visiteurs en situation de handicap. L'accessibilité est ainsi intégrée à l'organisation spatiale plutôt que traitée comme un ajout extérieur. Par sa combinaison de béton récupéré, de gravats, d'une charpente en acier démontable, d'aluminium recyclé et de surfaces réfléchissantes, DEBRIS propose un pavillon construit à partir des vestiges de la ville elle-même. Bien que la proposition n'ait pas été retenue, son système constructif est pensé autour du réemploi et du démontage, permettant aux déchets de démolition de devenir matériau d'architecture.

Florence Barbier

Auteur

Rédactrice culture

Florence Barbier couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.