En Suisse, une installation transforme les voitures hors d'usage en matériaux de construction
Le designer Giona Bierens de Haan propose de réutiliser localement les véhicules déclassés plutôt que de les exporter, en les envisageant comme des ressources structurelles pour l'architecture de demain.
En Suisse, près de cinq millions de véhicules sont en circulation, soit environ 0,5 voiture par habitant, et 200 000 sont retirés du service chaque année. Deux tiers de ces automobiles déclassées sont exportées vers des pays aux réglementations environnementales moins strictes. Face à cette dépendance à des marchés étrangers pour la gestion des déchets domestiques, le designer Giona Bierens de Haan propose une alternative locale avec « It all remains », une installation artistique et architecturale qui interroge l'avenir des ressources automobiles et la réutilisation des matériaux.
Le projet ne considère plus les voitures hors d'usage comme des déchets, mais comme des ressources structurelles et des éléments de construction pour l'architecture de demain. En anticipant une transition post-énergies fossiles où l'automobile deviendrait obsolète, l'installation conceptuelle de Bierens de Haan redéfinit le véhicule déclassé comme un matériau de base, capable de servir de fondation ou de bloc structurel. Une manière de répondre à l'exportation massive des carcasses en proposant une revalorisation sur le sol suisse.
Cette démarche s'inscrit dans un mouvement plus large de design circulaire, où les rebuts — métal, bois, plastique, verre — deviennent des matières premières pour des intérieurs, des meubles ou des façades architecturales. Le designer Satoshi Kondo, pour Issey Miyake, a par exemple transformé des rouleaux de papier protecteur utilisés lors du plissage en installations et prototypes de mobilier lors de la Milan Design Week 2026. Ces approches montrent que les déchets industriels peuvent acquérir une valeur esthétique et fonctionnelle, tout en réduisant l'impact environnemental.
L'installation de Giona Bierens de Haan s'adresse autant au monde du design qu'à celui de l'architecture. Elle pose une question concrète : que faire des millions de véhicules qui arriveront en fin de vie lorsque la transition énergétique sera achevée ? Plutôt que de les envoyer à l'étranger, le projet suggère de les intégrer localement dans des constructions, transformant ainsi un fardeau environnemental en gisement de matériaux. Une piste qui pourrait inspirer d'autres pays confrontés au même défi.
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