N° 293 mardi 20 octobre 2026

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Culture

Marinella Senatore présente « Materia Comune », sa première œuvre en céramique

L'artiste italienne Marinella Senatore dévoile « Materia Comune », sa première création en céramique, réalisée avec les ouvriers de Marca Corona. Une expérience de créativité collective qui prolonge sa démarche participative.

Marinella Senatore présente « Materia Comune », sa première œuvre en céramique
Marinella Senatore ha la formula della felicità

Marinella Senatore poursuit son exploration de l'art participatif avec « Materia Comune », sa toute première œuvre en céramique. L'artiste italienne a conçu cette pièce en collaboration avec les travailleurs de Marca Corona, une entreprise spécialisée dans le carrelage basée à Sassuolo, en Émilie-Romagne. L'expérience, qui mêle geste artisanal et création collective, s'inscrit dans la continuité de sa pratique, où la participation des communautés devient le matériau même de l'œuvre.

Connue pour ses grandes performances de groupe, ses chorégraphies participatives et ses ateliers ouverts, Marinella Senatore place depuis toujours le collectif au cœur de sa démarche. Avec « Materia Comune », elle franchit une étape en travaillant la terre cuite, un médium qu'elle n'avait jamais exploré auparavant. Les salariés de Marca Corona ont été associés à chaque étape du processus, de la manipulation de l'argile à la cuisson, en passant par les choix de formes et de couleurs. L'œuvre finale est donc le fruit d'un dialogue entre l'artiste et des professionnels dont le métier consiste précisément à transformer la matière.

Ce projet interroge la frontière entre art et artisanat, mais aussi entre création individuelle et production collective. Dans un contexte industriel comme celui de Marca Corona, où la céramique est fabriquée à grande échelle, l'intervention de Marinella Senatore introduit une dimension réflexive : que se passe-t-il lorsque des ouvriers habitués à reproduire des modèles sont invités à inventer librement ? L'artiste ne cherche pas à documenter le travail à la chaîne, mais à provoquer une rencontre, un espace où l'expérience sensible de chacun nourrit l'œuvre commune.

La démarche de Marinella Senatore s'accompagne d'une réflexion plus large sur le rôle des questions. Selon elle, les interrogations sont plus fécondes que les réponses toutes faites. Cette philosophie se traduit dans sa méthode : elle ne dicte pas aux participants ce qu'ils doivent ressentir ou produire, elle crée les conditions d'une expression partagée. « Materia Comune » n'échappe pas à cette règle. L'œuvre ne délivre pas de message univoque ; elle propose plutôt un espace de possibilités, où chaque geste compte et où l'erreur devient un matériau comme un autre.

Le choix de la céramique n'est pas anodin. Cette matière, lourde, fragile, exigeante, impose un rythme lent, une attention particulière au geste. Elle contraste avec l'immédiateté de certaines performances de l'artiste, souvent éphémères. Ici, l'œuvre se fige dans la terre cuite, mais le processus qui l'a fait naître reste vivant dans la mémoire de ceux qui y ont participé. Marinella Senatore parle volontiers d'« expérience » plutôt que d'« objet » : ce qui compte, c'est le temps passé ensemble, les échanges, les ajustements, la découverte mutuelle.

Avec « Materia Comune », l'artiste confirme que son travail ne se réduit pas à une esthétique participative. Il s'agit d'une méthode, presque d'une pédagogie, qui vise à révéler les potentialités créatives de chacun. Les travailleurs de Marca Corona ne sont pas de simples exécutants ; ils deviennent des coauteurs d'une œuvre qui porte la trace de leur savoir-faire et de leur sensibilité. Cette approche, qui refuse la hiérarchie traditionnelle entre l'artiste et son public, trouve un écho particulier dans le contexte actuel, où la question de la place de l'individu dans les collectifs de travail reste centrale.

L'œuvre sera présentée au public dans le cadre d'une exposition dédiée à la production céramique de l'artiste. Pour Marinella Senatore, il s'agit moins d'un aboutissement que d'une nouvelle étape dans un parcours jalonné de collaborations similaires, en Europe comme aux États-Unis. À chaque fois, la même conviction : l'art peut être un lieu de rencontre, un espace où les différences se confrontent sans se nier, et où la création collective produit quelque chose que nul n'aurait pu imaginer seul.

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Cédric Vidal

Auteur

Correspondant international

Cédric Vidal couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.