N° 278 lundi 5 octobre 2026

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Culture

Paris Fashion Week : Yohji Yamamoto et Issey Miyake, la technique comme manifeste

Lors de la sixième journée de la Paris Fashion Week, Yohji Yamamoto et Issey Miyake ont placé la technique au cœur de leurs collections, transformant des matières simples en propositions radicales et aériennes.

Paris Fashion Week : Yohji Yamamoto et Issey Miyake, la technique comme manifeste
Paris Fashion Week, giorno 6: due giapponesi a Parigi

La sixième journée de la Paris Fashion Week a été marquée par la présence de deux maisons japonaises qui ont fait de la technique un véritable manifeste. Yohji Yamamoto et Issey Miyake, figures historiques de la mode nippone, ont présenté des collections où la maîtrise du geste et du tissu primait sur toute autre considération. Une approche qui contraste avec les tendances plus spectaculaires de la semaine parisienne, et qui rappelle combien la mode japonaise demeure une école de rigueur et d'invention.

Chez Yohji Yamamoto, le point de départ était d'une simplicité désarmante : de « simples franges ». Le créateur les a poussées à l'extrême, les transformant en un motif obsédant qui structurait l'ensemble de la collection. Ce travail sur la répétition et la densité est caractéristique de sa démarche, qui consiste à prendre un élément anodin et à en révéler la complexité par accumulation. Les franges, loin d'être un simple ornement, devenaient ainsi un langage à part entière, jouant sur le mouvement et la texture.

Du côté d'Issey Miyake, c'est Satoshi Kondo qui a signé la collection. Le designer est parti d'un tissu léger de dix mètres sur dix, qu'il a travaillé pour créer une collection aérienne, comparée à une danse. Cette approche expérimentale, fondée sur la contrainte matérielle, est fidèle à l'esprit de la maison, connue pour ses innovations textiles et ses recherches sur le plissé. Le résultat, léger et fluide, évoque davantage une chorégraphie qu'un simple défilé, chaque pièce semblant en mouvement perpétuel.

Ces deux propositions illustrent une tendance de fond de la mode contemporaine : la technique comme argument créatif. Alors que certaines maisons misent sur le décorum et l'image, Yamamoto et Miyake rappellent que le vêtement se construit d'abord dans l'atelier, au contact de la matière. Cette exigence artisanale, portée par des créateurs japonais installés à Paris, nourrit depuis des décennies le dialogue entre les deux capitales de la mode.

La Paris Fashion Week, qui se déroule actuellement, continue d'alterner entre grands spectacles et propositions plus conceptuelles. La journée du lendemain a d'ailleurs été marquée par d'autres événements, notamment la présence remarquée de la chanteuse Tate McRae, aperçue dans les rues de la Ville Lumière avec une robe noire vintage de Versace. L'actrice Olivia Colman a également fait une apparition surprise sur le podium de Miu Miu, confirmant que la semaine parisienne reste un carrefour où se croisent créateurs, célébrités et amateurs de mode.

Mais au-delà de ces apparitions, ce sont bien les collections de Yamamoto et Miyake qui ont retenu l'attention des observateurs. Leur capacité à partir d'éléments simples — une frange, un carré de tissu — pour construire des univers complexes témoigne d'une vision de la mode comme artisanat de précision. Une leçon de style qui résonne particulièrement dans le contexte actuel, où l'industrie s'interroge sur sa capacité à conjuguer créativité et durabilité.

Les deux maisons, historiquement liées à l'avant-garde parisienne, confirment une fois encore que la technique n'est pas un frein à l'émotion, mais bien son socle. Leurs défilés, sobres en apparence, ont offert à la Fashion Week l'un de ses moments les plus réfléchis, rappelant que la mode peut être à la fois intellectuelle et sensible.

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Florence Barbier

Auteur

Rédactrice culture

Florence Barbier couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.