N° 289 vendredi 16 octobre 2026

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Culture

« The Social Reckoning » : comment habiller un oligarque de la tech

La chef costumière Susan Lyall raconte comment elle a conçu, avec l'acteur Jeremy Strong, l'évolution vestimentaire de Mark Zuckerberg pour le film « The Social Reckoning », de la période post-hoodie au style robotique des années 2019-2021.

« The Social Reckoning » : comment habiller un oligarque de la tech
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Le premier film d'Aaron Sorkin consacré à Facebook, « The Social Network » (2010), avait contribué à fixer l'image d'un Mark Zuckerberg en hoodie froissé et t-shirt, défiant les codes de l'entreprise. Sa suite, « The Social Reckoning », s'attache à une autre époque : la période 2019-2021, que la chef costumière Susan Lyall décrit comme l'ère « post-hoodie », celle où le fondateur de Meta a cessé de narguer la formalité pour adopter un style bien plus lisse et calculé.

Pour ce nouveau film, Susan Lyall a travaillé en étroite collaboration avec l'acteur Jeremy Strong, qui incarne Zuckerberg. Ensemble, ils ont mené des recherches sur les pièces fétiches du dirigeant : ses Nike préférées, ses pulls de luxe, mais aussi cette garde-robe volontairement restreinte faite de costumes ou de chemises à manches longues interchangeables. Un choix qui, à l'écran, prolonge la froideur du personnage, jusque dans les moments où la colère semble bouillonner sous la surface.

Le vêtement devient ainsi un langage à part entière. Là où le hoodie des débuts signalait une forme de rébellion juvénile, le vestiaire « post-hoodie » traduit une autre étape : celle d'un homme installé au sommet, dont l'apparence neutre et répétitive dit moins l'indifférence que la maîtrise. Susan Lyall évoque un style « peak robot », en référence à cette uniformité qui finit par inquiéter autant qu'elle impressionne.

Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large, celui de la façon dont les dirigeants de la tech ont progressivement transformé leur image publique. Le passage du casual au luxe discret, puis à une forme d'uniforme personnel, raconte les mutations d'un secteur où la mise en scène de soi est devenue un enjeu de pouvoir. Le travail de la costumière ne consiste donc pas seulement à reproduire des vêtements, mais à documenter une trajectoire sociale et médiatique.

Le film s'appuie sur des détails concrets, comme les chaussures et les mailles haut de gamme arborées par Zuckerberg, pour ancrer le personnage dans une réalité vérifiable. Cette précision matérielle permet de montrer comment un dirigeant peut passer d'une posture anti-establishment à une esthétique de patron accompli, sans jamais renoncer à une certaine théâtralité.

Pour le public français, cette lecture du vestiaire rejoint des questions familières : que dit la façon de s'habiller de celui qui dirige une des plus grandes entreprises mondiales ? Comment la mode traduit-elle les rapports de force, les changements de statut et les stratégies de communication ? « The Social Reckoning » propose une réponse visuelle, en faisant du costume un élément narratif à part entière.

Le film ne se contente pas de retracer une évolution stylistique. Il interroge aussi la manière dont les figures de la tech construisent leur légitimité, entre décontraction affichée et rigorisme calculé. En confiant à Jeremy Strong des tenues sobres et répétitives, Susan Lyall souligne la tension entre l'homme public et ses émotions contenues.

Cette approche rappelle que la mode, au cinéma comme dans la vie, n'est jamais un simple détail. Elle situe un personnage dans son époque, dans sa classe sociale et dans son rapport au pouvoir. Pour un oligarque de la tech, le choix d'un pull ou d'une paire de baskets devient ainsi un acte de communication, voire une déclaration politique silencieuse.

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Élodie Rivière

Auteur

Journaliste société

Élodie Rivière couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.