N° 263 dimanche 20 septembre 2026

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Culture

Une maison brutaliste de 493 m² sculptée dans la Sierra de Tramuntana

Le studio Malka a conçu une résidence de 493 m² taillée à même la roche de la Sierra de Tramuntana, à Majorque, en exploitant l'inertie thermique naturelle de la montagne pour un habitat en dialogue avec la géologie méditerranéenne.

Une maison brutaliste de 493 m² sculptée dans la Sierra de Tramuntana
Questa casa brutalista di 493 mq è un rifugio scavato nella montagna e si affaccia sul Mediterraneo

Le studio d'architecture Malka a livré une résidence de 493 mètres carrés littéralement incisée dans la roche de la Sierra de Tramuntana, à Majorque. Le projet, qui emprunte au vocabulaire brutaliste, ne se contente pas de poser un bâtiment sur le relief : il creuse la montagne pour y loger un habitat dont la structure suit la géologie du site et tire parti de l'inertie thermique naturelle de la terre. Une approche qui relève autant de la construction que de la sculpture du paysage.

La Sierra de Tramuntana, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, est connue pour ses parois calcaires plongeant vers la Méditerranée. C'est dans ce contexte que les architectes ont choisi de travailler la roche comme matériau principal, plutôt que de l'évacuer ou de la contourner. Les volumes intérieurs épousent les strates et les aspérités du terrain, si bien que la frontière entre la paroi naturelle et le mur bâti devient difficile à tracer. Le béton brut, laissé apparent, prolonge la pierre sans chercher à l'imiter, dans une esthétique qui assume la rugosité des matières.

Au-delà de la dimension plastique, le projet repose sur un principe bioclimatique ancien : l'inertie thermique. En s'enfonçant dans la montagne, la maison bénéficie d'une température relativement stable, fraîche en été et tempérée en hiver, ce qui réduit le recours à la climatisation et au chauffage. Les ouvertures, ménagées dans l'épaisseur de la roche, cadrent la vue sur la Méditerranée tout en protégeant les espaces intérieurs du rayonnement direct. La lumière naturelle devient un matériau de conception à part entière, variant au fil de la journée et des saisons.

La résidence s'organise sur plusieurs niveaux qui suivent la pente du terrain. Les espaces de vie s'ouvrent largement sur la mer, tandis que les zones plus intimes se replient dans la masse rocheuse. Ce jeu de plein et de vide, de saillie et de retrait, donne à l'ensemble une silhouette qui se lit différemment selon l'angle de vue : tantôt abri discret, tantôt proue avancée au-dessus du littoral. Le choix du brutalisme — matériaux bruts, géométrie franche, absence d'ornement — sert ici une intention claire : faire de la maison un prolongement de la montagne plutôt qu'un objet posé dessus.

Le projet s'inscrit dans une tendance de fond de l'architecture contemporaine méditerranéenne, qui consiste à composer avec le relief plutôt qu'à le niveler. Dans des régions où la pression foncière et les contraintes environnementales se renforcent, creuser la roche permet de limiter l'emprise au sol visible et de préserver le profil des collines. À Majorque, où la protection des paysages de la Tramuntana est un enjeu sensible, cette approche trouve un écho particulier.

Avec ses 493 mètres carrés, la maison du studio Malka ne relève pas du minimalisme de surface : elle déploie de vastes volumes, mais les inscrit dans une enveloppe minérale qui les rend presque invisibles depuis certains points de vue. C'est peut-être là sa qualité première : une architecture de la démesure qui choisit la discrétion, et qui fait de la contrainte géologique le point de départ d'un art de vivre tourné vers la mer.

Élodie Rivière

Auteur

Journaliste société

Élodie Rivière couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.