N° 293 mardi 20 octobre 2026

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Culture

Vincent Darré transforme un ancien théâtre parisien en hôtel Le Magnifique

Le designer Vincent Darré signe les intérieurs du nouvel hôtel Le Magnifique, rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement de Paris. Un projet porté par l'hôtelier Jacques Blanc qui réinvente un ancien théâtre du XIXe siècle en un lieu immersif dédié au spectacle et à l'imaginaire.

Vincent Darré transforme un ancien théâtre parisien en hôtel Le Magnifique
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Le designer Vincent Darré a imaginé les intérieurs du nouvel hôtel Le Magnifique, situé rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement de Paris. Porté par l'hôtelier Jacques Blanc, le projet transforme un bâtiment qui abritait autrefois Les Mille Colonnes, un théâtre réputé du début du XIXe siècle, en un lieu d'hospitalité où se mêlent fantaisie, mythologie et arts de la scène. L'ouverture s'inscrit dans un quartier historiquement lié aux théâtres, aux cabarets et à la vie artistique de Montparnasse.

L'initiative remonte à 2024. Jacques Blanc, déjà propriétaire de l'hôtel Bellechasse, dont les intérieurs avaient été confiés à Christian Lacroix, souhaitait s'écarter des codes de l'hôtellerie conventionnelle. C'est par l'intermédiaire d'amis communs qu'il a approché Vincent Darré. Leur collaboration a rapidement pris de l'ampleur, les premières propositions du designer ayant élargi le projet jusqu'à inclure la création d'une piscine. Pour Darré, né dans le 14e arrondissement et installé depuis toujours sur la rive gauche, ce chantier est aussi l'occasion de revisiter les lieux artistiques et les souvenirs de son enfance.

La narration théâtrale commence dès le hall d'entrée, où le designer réinterprète les références architecturales du voisinage. Les colonnes de l'ancien théâtre ont été redessinées en hommage à celles de La Coupole, célèbre restaurant de Montparnasse, et de l'ancienne pharmacie de Saint-Germain-des-Prés, dont les colonnes étaient surmontées de mains sculpturales surdimensionnées. Une grande fresque peinte à la main par des artisans déploie sur les murs des figures colorées et des motifs inspirés de l'art et du cirque. Des oiseaux en plâtre blanc émergent de la composition, ajoutant une dimension sculpturale aux surfaces illustrées. Le comptoir de la réception est orné de clés anciennes collectées au fil du temps, en clin d'œil aux réceptions des grands hôtels historiques et au paradis de saint Pierre. Les rampes d'escalier évoquent des partitions musicales, reliant la circulation dans le bâtiment à l'héritage des arts du spectacle du quartier.

Au cœur de l'hôtel, le bar Le Picabia, nommé en référence au peintre Francis Picabia, s'inspire de l'atmosphère des théâtres parisiens d'autrefois. Habillé de bois et éclairé par des rangées d'ampoules, l'espace associe un comptoir courbe à des surfaces richement colorées. Le bar fonctionne au rythme des salles de spectacle voisines : il affiche les horaires des représentations et fait résonner une cloche au début des spectacles et à la fin des entractes. Un piano à queue y invite à des rencontres musicales improvisées, et le lieu accueille aussi bien les spectateurs que les riverains, les artistes et les clients de l'hôtel.

Autre surprise : la piscine, conçue comme une retraite mythologique à l'intérieur du bâtiment. Visible depuis la réception, elle est entourée de colonnes et décorée de mosaïques représentant des figures classiques, dans une atmosphère de palais grec. Le bassin aux carreaux bleus s'ouvre sur un patio, établissant un lien visuel entre l'eau, l'architecture et le jardin. Ce traitement décoratif prolonge le goût de Darré pour les décors imaginaires, les références à l'Antiquité étendant le récit de l'hôtel au-delà de l'histoire de Montparnasse.

L'expérience se poursuit sur cinq étages, chacun conçu autour d'un univers imaginaire distinct. Un ascenseur de verre décoré de sirènes, d'hippocampes et d'étoiles de mer relie des espaces inspirés du jardin d'Éden, de la mythologie classique, des grands fonds marins, de l'Art nouveau, de la Voie lactée et des artistes légendaires du Paris d'autrefois. Plutôt qu'un schéma décoratif uniforme, l'hôtel passe d'une époque et d'un répertoire visuel à l'autre, chaque niveau introduisant un nouveau chapitre. Les chambres suivent le même principe : chacune est conçue comme une composition individuelle, avec des pièces originales imaginées par le designer. Mobilier sur mesure, luminaires, céramiques, tapis et textiles muraux tendus composent des intérieurs qui associent les traditions décoratives françaises au vocabulaire visuel singulier de Vincent Darré.

Le nom de l'hôtel rend lui-même hommage aux artistes de Montparnasse : l'initiale M a inspiré Le Magnifique, en écho à l'esprit de la Nouvelle Vague française. À travers ses intérieurs superposés, le projet reconnecte le bâtiment à l'histoire créative du quartier et fait de l'hôtel une scène où l'architecture, l'ornement et l'imagination dialoguent.

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Cédric Vidal

Auteur

Correspondant international

Cédric Vidal couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.