Une fuite d'ammoniac s'est produite jeudi matin dans une usine de traitement d'uranium exploitée par Orano à Narbonne, dans l'Aude. L'incident a exposé une vingtaine d'employés au gaz toxique, dont sept ont dû être hospitalisés, ont indiqué les autorités locales et la direction du site.
Selon les premiers éléments communiqués par la préfecture de l'Aude, la fuite est survenue aux alentours de 10 heures dans un atelier de l'usine spécialisée dans le traitement de l'uranium. Le gaz ammoniac, utilisé dans certains procédés industriels, s'est répandu dans une partie du bâtiment, provoquant une intoxication collective parmi le personnel présent.
Les secours ont rapidement été dépêchés sur place, mobilisant une trentaine de sapeurs-pompiers, plusieurs équipes du Samu et des cellules d'intervention chimique. Les employés exposés ont été pris en charge sur le site avant d'être évacués vers les centres hospitaliers de Narbonne et de Montpellier. Sept personnes ont été admises en observation, mais leur pronostic vital n'est pas engagé, a précisé le service d'urgence régional.
L'usine Orano de Narbonne, anciennement Areva, emploie plusieurs centaines de personnes et est spécialisée dans la conversion et le traitement de l'uranium. L'ammoniac y est utilisé comme réactif dans certains processus chimiques. L'incident de ce jeudi est le plus grave signalé sur ce site depuis plusieurs années.
La direction d'Orano a confirmé l'incident dans un communiqué, indiquant que « la fuite a été rapidement maîtrisée par les équipes techniques internes » et qu'« une enquête interne a été ouverte pour déterminer les causes exactes de l'accident ». L'entreprise a également assuré que « toutes les mesures de sécurité ont été immédiatement activées » et que « les employés concernés bénéficient d'un suivi médical attentif ».
Les autorités locales ont mis en place un périmètre de sécurité autour de l'usine pendant la durée de l'intervention. Les riverains n'ont pas été évacués, mais la préfecture recommande aux habitants des quartiers proches de rester chez eux, fenêtres fermées, par précaution. Des analyses de l'air sont en cours pour vérifier l'absence de contamination résiduelle.
Cet incident relance les questions sur la sécurité des installations industrielles manipulant des substances dangereuses. L'association de surveillance de la qualité de l'air Atmo Occitanie a été saisie pour effectuer des mesures complémentaires dans l'environnement immédiat du site. Les premiers résultats ne montrent pas de dépassement des seuils sanitaires, selon la préfecture.
Le maire de Narbonne, Bertrand Malquier, s'est rendu sur place en fin de matinée. Il a exprimé son soutien aux employés et à leurs familles, et a demandé à la direction d'Orano de fournir « toutes les garanties nécessaires sur la sécurité du site et la transparence de l'enquête ». Il a également annoncé la tenue d'une réunion de crise en fin de journée avec les services de l'État et les représentants de l'entreprise.
Les syndicats de l'usine ont réclamé l'ouverture d'une enquête indépendante et la suspension des activités de l'atelier concerné jusqu'à ce que les causes de la fuite soient établies. « C'est un incident grave qui aurait pu avoir des conséquences bien plus dramatiques », a déclaré un représentant syndical, qui a souhaité rester anonyme. « Nous demandons des comptes et des mesures concrètes pour éviter qu'un tel accident ne se reproduise. »
L'usine Orano de Narbonne est un site classé Seveso seuil haut en raison des matières radioactives et des produits chimiques qu'elle manipule. Elle est soumise à une réglementation stricte en matière de sécurité et de prévention des risques. La dernière inspection de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) remonte à 2025 et n'avait pas relevé d'anomalie majeure, selon les informations disponibles.
L'enquête administrative confiée à l'inspection du travail et à la Dreal devra déterminer si des manquements aux règles de sécurité ont été commis. Les résultats pourraient prendre plusieurs semaines. En attendant, l'activité de l'atelier touché reste suspendue, et une cellule psychologique a été mise en place pour les employés et leurs proches.
Cet accident intervient dans un contexte de vigilance accrue autour des sites industriels sensibles en France, après plusieurs incidents survenus ces dernières années dans des usines chimiques et nucléaires. Il rappelle les risques liés à la manipulation de substances dangereuses, même dans des installations hautement réglementées.



