Les chefs de la diplomatie russe et américaine, Sergueï Lavrov et Marco Rubio, se sont rencontrés jeudi 23 juillet à Manille, aux Philippines, en marge d'une réunion de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean). Cette première entrevue depuis septembre 2025 intervient alors que les efforts de médiation américains entre Kiev et Moscou sont au point mort depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février. Lors de cet échange, Lavrov a mis en garde son homologue américain contre ce qu'il a qualifié de poursuite « inadmissible » des livraisons d'armes au « régime de Kiev », selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères.
La rencontre s'est déroulée dans un contexte de violences persistantes sur le terrain. Des frappes russes ont fait trois morts dans l'est de l'Ukraine, plus précisément dans la région de Dnipropetrovsk. Parallèlement, quatre personnes ont été tuées dans des attaques ukrainiennes en Russie et en Crimée annexée. Dans la région russe de Belgorod, frontalière de l'Ukraine, un homme a perdu la vie et un autre a été blessé lors d'une attaque de drone contre un véhicule. Plus tragique encore, à environ 500 kilomètres au sud de Moscou, un garçon de trois ans a été tué dans l'incendie de sa maison provoqué par la chute d'un drone. Ses parents ont été blessés. En Crimée, deux personnes ont été tuées et cinq autres, dont deux enfants, ont été blessées dans une frappe ukrainienne. Au total, sept personnes ont perdu la vie ce jeudi dans les violences liées au conflit, qui en est à son 1 610e jour.
Sur le plan diplomatique, l'Union européenne est parvenue à un accord sur un nouveau paquet de sanctions contre la Russie, après des semaines de négociations difficiles. Ce compromis, arraché dans la matinée, permet de prolonger d'un an le dispositif de plafonnement du prix du pétrole russe exporté, fixé à 44 dollars le baril. Selon Bruxelles, cette mesure pourrait priver Moscou d'environ 3,5 milliards de dollars de revenus, qui servent en grande partie à financer la guerre en Ukraine. Cependant, l'accord a été obtenu au prix de plusieurs reculs par rapport à la proposition initiale, notamment sur les questions liées aux poissons, au pétrole, au gaz et aux visas, sans que les détails précis de ces concessions n'aient été rendus publics.
Ce nouveau train de sanctions intervient alors que les efforts de médiation américains sont au point mort. La guerre au Moyen-Orient, qui a éclaté fin février, a détourné l'attention et les ressources diplomatiques de Washington, laissant le conflit ukrainien dans une impasse relative. La rencontre de Manille entre Lavrov et Rubio, bien que brève, a permis de rétablir un canal de communication direct entre les deux puissances, mais les positions restent profondément divergentes. Moscou continue d'exiger l'arrêt des livraisons d'armes à Kiev, tandis que Washington et ses alliés européens maintiennent leur soutien militaire et financier à l'Ukraine, tout en cherchant à limiter les capacités de guerre russes par des sanctions économiques.
La situation humanitaire sur le terrain reste préoccupante. Les frappes quotidiennes continuent de faire des victimes civiles, et les infrastructures civiles sont régulièrement endommagées. Les autorités ukrainiennes ont appelé à une augmentation de l'aide militaire occidentale pour faire face aux offensives russes dans l'est du pays. De leur côté, les autorités russes dénoncent ce qu'elles considèrent comme une ingérence occidentale dans le conflit. La rencontre de Manille n'a pas abouti à une avancée concrète vers un cessez-le-feu, mais elle a au moins permis de maintenir un dialogue diplomatique, essentiel pour éviter une escalade incontrôlée du conflit.



