Les procureurs sud-coréens ont demandé lundi au tribunal de Séoul de condamner à un an d'emprisonnement le propriétaire d'un restaurant étoilé Michelin, accusé d'avoir proposé à ses clients un dessert garni de fourmis séchées. L'affaire, qui mêle gastronomie de haut niveau et respect des normes sanitaires, suscite un vif débat dans le pays.
Selon l'agence de presse Yonhap, le parquet a également requis une amende de 20 millions de wons (environ 10 108 livres sterling) à l'encontre de la société qui exploite l'établissement. Le chef, dont le nom n'a pas été divulgué par les autorités judiciaires, est poursuivi pour avoir enfreint la loi sur la sécurité alimentaire en utilisant un ingrédient non approuvé pour la consommation humaine.
Les faits remontent à plusieurs mois, lorsque le restaurant, situé dans le quartier huppé de Gangnam à Séoul, avait inscrit à sa carte un sorbet aux agrumes surmonté de fourmis séchées. Présenté comme une expérience culinaire audacieuse, ce plat avait attiré l'attention des médias et des foodies avant que les autorités sanitaires n'ouvrent une enquête.
En Corée du Sud, la législation sur les denrées alimentaires est particulièrement stricte. Seuls les insectes inscrits sur une liste officielle, comme les vers de farine ou les grillons, peuvent être commercialisés comme aliments. Les fourmis, bien que consommées dans certaines cultures asiatiques et occidentales, ne figurent pas sur cette liste, ce qui rend leur usage illégal dans un cadre commercial.
L'avocat du restaurateur a plaidé la méconnaissance de la réglementation, affirmant que son client avait importé les fourmis d'un fournisseur étranger sans savoir qu'elles étaient interdites en Corée du Sud. Il a également souligné que le dessert n'avait provoqué aucun incident sanitaire et que les clients avaient été informés de la présence d'insectes dans le plat.
De son côté, l'accusation a insisté sur la responsabilité d'un chef étoilé, censé maîtriser les normes en vigueur. « Un établissement de cette renommée se doit de respecter scrupuleusement la loi, a déclaré un procureur cité par Yonhap. L'utilisation d'ingrédients non autorisés met en danger la santé publique et porte atteinte à la confiance des consommateurs. »
Cette affaire intervient dans un contexte où la cuisine à base d'insectes gagne en popularité à travers le monde, vantée pour ses qualités nutritionnelles et son faible impact environnemental. Plusieurs pays, dont la France et les États-Unis, ont déjà assoupli leur réglementation pour autoriser la vente de certains insectes destinés à l'alimentation humaine. En Corée du Sud, le débat reste vif entre les défenseurs de l'innovation culinaire et les partisans d'une régulation stricte.
Le tribunal de Séoul devrait rendre son jugement dans les prochaines semaines. Si la peine de prison est confirmée, il s'agirait d'une première dans le pays pour un chef de cette envergure. En attendant, le restaurant, qui avait obtenu une étoile Michelin en 2024, a temporairement retiré le dessert controversé de sa carte.
L'étoile Michelin, symbole d'excellence gastronomique, est attribuée par le guide rouge à des établissements offrant une cuisine d'exception. En Corée du Sud, une trentaine de restaurants sont actuellement distingués par ce label, très convoité dans le milieu de la gastronomie. Cette affaire pourrait néanmoins ternir l'image de la scène culinaire sud-coréenne, pourtant en pleine expansion sur la scène internationale.
Les réactions sur les réseaux sociaux sont partagées. Certains internautes soutiennent le chef, estimant que la créativité culinaire ne devrait pas être entravée par une réglementation trop rigide. D'autres jugent la sanction proportionnée, rappelant que la sécurité alimentaire doit primer sur l'originalité. L'issue de ce procès sera suivie de près par les professionnels du secteur, tant en Corée du Sud qu'à l'étranger.



