La crise migratoire qui frappe Ceuta, enclave espagnole située au nord du Maroc, fragilise le gouvernement de Pedro Sánchez. En quelques jours, l’entrée illégale de 50 000 à 60 000 migrants en provenance du Maroc a été constatée dans ce territoire, selon les bilans disponibles. Au moins 34 personnes ont trouvé la mort en tentant de rejoindre l’enclave. L’ampleur de l’afflux, sans précédent pour cette ville à la frontière entre l’Union européenne et le Maroc, place les autorités espagnoles face à une situation d’urgence.
Vendredi 31 juillet, Pedro Sánchez s’est rendu le long de la clôture frontalière de Tarajal, qui sépare Ceuta du Maroc, accompagné de son ministre de l’intérieur, Fernando Grande-Marlaska. Le chef du gouvernement a dénoncé « une attaque » et « une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Il a cherché à adopter une posture ferme, mais son exécutif, qui tente de « faire bonne figure », reste attaqué de toutes parts. La visite sur place n’a pas suffi à calmer les critiques, y compris au sein de la classe politique européenne.
L’opposition espagnole et une partie de la classe politique européenne se disent en effet inquiètes et en colère. Plusieurs responsables évoquent une « invasion » et jugent que « toutes les limites ont été franchies ». Cette vague d’arrivées, d’une ampleur inédite, nourrit un vif débat politique en Espagne et au-delà. L’Espagne se retrouve sous le feu des critiques d’une partie de la droite, en Espagne comme à l’étranger.
La crise ne concerne pas seulement l’Espagne. La France et l’Italie ont annoncé un durcissement de leurs contrôles à la frontière avec l’Espagne, après l’arrivée massive de migrants à Ceuta. Cette décision ravive les tensions autour de l’espace Schengen et de la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne. Elle suscite de vives réactions politiques au sein des États membres, alors que la question de la répartition des responsabilités entre pays européens resurgit.
Du côté marocain, des migrants patientent toujours à Fnideq, dans l’attente d’une occasion de traverser pour rejoindre l’enclave espagnole. Le 31 juillet, ils étaient encore nombreux le long de la frontière, et d’autres continuent de tenter leur chance au prix de risques considérables. La pression reste forte sur cette zone frontalière, où les tentatives de passage se sont succédé pendant plusieurs jours.
Pour Pedro Sánchez, l’enjeu est double: répondre à la crise humanitaire et sécuritaire à Ceuta tout en évitant que le gouvernement ne s’enfonce politiquement. Les réactions enregistrées dans plusieurs capitales européennes montrent que cet épisode dépasse le seul cadre hispano-marocain. Il pourrait durablement influencer les débats européens sur l’asile, les migrations et la solidarité entre États membres.



