N° 259 mercredi 16 septembre 2026

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Société

ADHD et autisme : des diagnostics de plus en plus proches des enfants neurotypiques

Une étude danoise portant sur plus de 2 millions de personnes montre que les enfants diagnostiqués ADHD ou autisme ressemblent de plus en plus à leurs pairs neurotypiques, suggérant un rôle majeur des pratiques diagnostiques dans l'explosion des cas.

ADHD et autisme : des diagnostics de plus en plus proches des enfants neurotypiques
Naukowcy: dzieci z diagnozą ADHD i ASD coraz bardziej podobne do swoich neurotypowych rówieśników

Le nombre d'enfants et d'adolescents diagnostiqués avec un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (ADHD) ou un trouble du spectre de l'autisme (TSA) a explosé ces dernières décennies. En France comme ailleurs, les chiffres interpellent. Mais une vaste étude menée par des chercheurs de l'université d'Aarhus, au Danemark, et publiée dans la revue JAMA, apporte un éclairage nouveau : les enfants diagnostiqués ressemblent de plus en plus à leurs camarades neurotypiques.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont analysé les données de plus de 2 millions de Danois nés entre 1994 et 2022. Parmi eux, plus de 71 000 enfants et adolescents ont reçu un diagnostic d'ADHD ou de TSA avant leur 18e anniversaire, entre 2012 et 2022. Chaque personne diagnostiquée a été comparée à dix personnes non diagnostiquées, appariées selon l'âge, le sexe, l'origine et le lieu de résidence, soit un groupe de comparaison d'environ 700 000 individus.

Les chercheurs ont ensuite examiné 19 caractéristiques connues pour être associées à un risque accru de ces troubles, afin de voir si elles restaient discriminantes au fil du temps. Résultat : aucune de ces 19 caractéristiques n'a cessé de distinguer les enfants diagnostiqués des autres. Par exemple, les enfants concernés étaient toujours plus souvent issus de familles à faibles revenus, avaient plus fréquemment des parents souffrant de problèmes de santé, ou étaient nés avec un faible poids de naissance. Toutefois, l'ampleur de ces écarts a considérablement diminué.

L'exemple du faible poids de naissance est particulièrement parlant. Entre 2012 et 2013, un enfant né avec un petit poids avait environ deux fois plus de chances de recevoir un diagnostic d'ADHD ou de TSA. Entre 2020 et 2022, cette différence avait été divisée par trois. Ce phénomène est plus marqué pour l'ADHD que pour l'autisme. En revanche, certaines associations sont restées stables, voire se sont renforcées : les troubles psychiatriques des parents, leur polypathologie et le nombre de consultations chez le médecin de famille demeurent fortement liés au diagnostic.

Ces résultats conduisent les auteurs à une conclusion nuancée. La hausse spectaculaire des diagnostics ne refléterait pas nécessairement une augmentation du risque réel de développer ces troubles, mais plutôt une évolution des pratiques diagnostiques et de l'offre de soins. En d'autres termes, des enfants qui n'auraient pas été diagnostiqués il y a dix ans le sont aujourd'hui, en raison d'une meilleure sensibilisation, de critères diagnostiques élargis et d'un rôle accru des écoles dans l'orientation vers des spécialistes.

Les chercheurs insistent : il ne s'agit pas de dire que ces troubles sont surdiagnostiqués. Ils soulignent au contraire que l'augmentation des diagnostics permet à davantage d'enfants d'accéder à une prise en charge adaptée. Cette étude invite donc à considérer l'explosion des cas comme un phénomène complexe, où se mêlent facteurs sociaux, médicaux et institutionnels.

En France, les données du ministère de l'Éducation nationale montrent une multiplication par dix des diagnostics d'ADHD et de TSA en dix ans. Aux États-Unis, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) rapporte une hausse de 74 % des cas d'autisme chez les enfants de 8 ans entre 2016 et 2022, avec des augmentations pouvant atteindre 500 fois dans certains États sur vingt ans. Au Danemark, les diagnostics ont triplé entre 2000 et 2024.

Ces chiffres, mis en perspective avec les résultats de l'étude danoise, suggèrent que l'augmentation des diagnostics est en grande partie le reflet de changements dans les pratiques et non d'une épidémie de troubles neurodéveloppementaux. Une conclusion qui pourrait apaiser les inquiétudes des parents et orienter les politiques de santé publique vers un meilleur accompagnement plutôt que vers une remise en cause de la pertinence des diagnostics.

Étienne Chevalier

Auteur

Reporter sport

Étienne Chevalier couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.