N° 283 samedi 10 octobre 2026

Rechercher

Société

Ce que la relation entre Aria et Ezra dans Pretty Little Liars nous a appris sur le grooming

Des années après la diffusion de Pretty Little Liars, la relation entre Aria Montgomery et son professeur Ezra Fitz est réexaminée à la lumière des notions de grooming et de disparité de pouvoir. Un regard critique sur la responsabilité des récits télévisés.

Ce que la relation entre Aria et Ezra dans Pretty Little Liars nous a appris sur le grooming
Cosa abbiamo capito sulle relazioni student-teacher (e sul grooming) dopo anni dall'uscita di Pretty Little Liars

La relation entre Aria Montgomery et Ezra Fitz dans la série Pretty Little Liars, diffusée entre 2010 et 2017, a longtemps été présentée comme une histoire d'amour romantique entre une lycéenne et son professeur de littérature. Avec le recul, cette intrigue est de plus en plus analysée comme un exemple problématique de grooming, un phénomène qui désigne l'emprise progressive d'un adulte sur un mineur à des fins d'abus. La différence d'âge et surtout la position d'autorité d'Ezra sur Aria créent une disparité de pouvoir fondamentale qui rend toute relation consentie impossible.

À l'époque de la diffusion, la série n'a pas suscité de débat majeur sur la nature de cette relation. Le personnage d'Ezra était dépeint comme un jeune homme séduisant et tourmenté, et la relation était traitée comme une romance contrariée par les circonstances. Pourtant, Ezra est un enseignant qui a délibérément caché son identité professionnelle lors de leur première rencontre, puis a poursuivi la relation malgré les règles déontologiques. Ce schéma correspond à celui du grooming, où l'adulte utilise sa position, son charme et une fausse bienveillance pour isoler et manipuler sa victime.

La question de la responsabilité des créateurs de contenu est aujourd'hui centrale. En présentant cette relation sous un angle romantique, Pretty Little Liars a contribué à banaliser une dynamique abusive. Les scénaristes ont choisi de ne pas montrer les conséquences psychologiques à long terme pour Aria, ni de condamner explicitement le comportement d'Ezra. Cette omission a pu envoyer un message ambigu à un public jeune et influençable, en normalisant des rapports de pouvoir inégaux sous couvert d'amour interdit.

Depuis, la société a évolué dans sa perception de ces questions. Des mouvements comme #MeToo ont permis de mettre en lumière les abus de pouvoir et les mécanismes d'emprise. Les séries télévisées contemporaines sont davantage scrutées pour la manière dont elles représentent les relations entre adultes et mineurs. Des productions récentes ont choisi de traiter ces sujets avec plus de gravité, en montrant les conséquences réelles sur les victimes et en dénonçant clairement les comportements prédateurs.

Revoir Pretty Little Liars aujourd'hui ne signifie pas nécessairement condamner la série dans son ensemble, mais invite à interroger les choix narratifs et leur impact culturel. La fiction a le pouvoir de refléter et de façonner les normes sociales. Lorsqu'elle romanticise des relations abusives, elle risque de perpétuer des schémas dangereux. Il est donc essentiel que les créateurs prennent conscience de leur responsabilité et que les téléspectateurs développent un regard critique sur les contenus qu'ils consomment.

En fin de compte, l'histoire d'Aria et Ezra reste un cas d'école pour comprendre comment le grooming peut être invisibilisé à l'écran. Elle rappelle l'importance de nommer les abus, de reconnaître les disparités de pouvoir et de soutenir les victimes. Si la fiction peut aider à ouvrir le dialogue, elle ne doit pas servir de caution à des comportements répréhensibles. C'est en analysant ces récits avec lucidité que l'on peut espérer faire évoluer les mentalités et protéger les plus vulnérables.

6Vues

Étienne Chevalier

Auteur

Reporter sport

Étienne Chevalier couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.