La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé ce mercredi sa démission pour protester contre l’adoption de la loi d’urgence agricole, qui réintroduit deux pesticides neurotoxiques interdits en France. Quelques heures plus tard, elle a finalement décidé de « poursuivre sa mission à la demande d’Emmanuel Macron », invoquant « l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique ». Ce revirement spectaculaire s’inscrit dans une longue série de crises qui frappent le ministère de l’Écologie, surnommé le « ministère de l’impossible ».

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, huit ministres se sont succédé à la tête de ce portefeuille stratégique. Le plus célèbre d’entre eux, Nicolas Hulot, avait démissionné en direct sur France Inter en septembre 2018, dénonçant le manque d’ambition du gouvernement et l’influence des lobbies de la chasse, du nucléaire et des pesticides. Son successeur, François de Rugy, avait quitté ses fonctions en juillet 2019 après les révélations de Mediapart sur des dîners fastueux aux frais du contribuable, une affaire restée dans les mémoires sous le nom de « Homard Gate ».

Avant eux, Delphine Batho avait été remerciée en juillet 2013 pour avoir qualifié de « mauvais » le budget de son ministère. Nathalie Kosciusko-Morizet avait démissionné en février 2012 pour éviter « tout mélange des genres » avant de prendre la tête de la campagne de Nicolas Sarkozy. Plus récemment, Amélie de Montchalin a été battue aux législatives de juin 2022 après seulement trois mois en poste, tandis que Christophe Béchu a quitté ses fonctions après la dissolution et la nomination de Michel Barnier à Matignon. Agnès Pannier-Runacher a également claqué la porte, jugeant « une rupture » nécessaire.

Ce turnover incessant reflète les tensions structurelles entre les impératifs écologiques et les contraintes économiques et agricoles. La loi d’urgence agricole, qui a motivé la démission avortée de Monique Barbut, a été adoptée par le Parlement pour répondre à la crise du secteur, mais elle a ravivé les critiques des associations environnementales. Les deux pesticides réintroduits, pourtant interdits pour leurs effets neurotoxiques, symbolisent selon les opposants le recul de la France sur ses engagements climatiques.

Monique Barbut, qui avait initialement motivé sa démission par ce vote, a finalement cédé aux injonctions de l’Élysée. Son maintien au gouvernement est perçu par certains comme une marque de faiblesse, tandis que d’autres y voient une nécessité face à l’urgence climatique. L’épisode rappelle que, sous Macron, les ministres de l’Écologie sont souvent contraints de naviguer entre leurs convictions et la ligne présidentielle, au prix de départs fracassants ou de revirements.

Au-delà des personnalités, cette instabilité pose la question de la capacité du gouvernement à mener une politique environnementale cohérente et durable. Alors que la France doit respecter ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de protection de la biodiversité, le ministère de l’Écologie apparaît plus que jamais comme un poste à haut risque, où les démissions sont presque devenues une tradition.