N° 255 samedi 12 septembre 2026

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Société

Le burn-out professionnel touche aussi les quadragénaires, quinquagénaires et sexagénaires

Une experte en épuisement professionnel explique que la lassitude ressentie après 40 ans ne vient pas toujours du travail lui-même, mais du récit que l'on se raconte depuis des années. Elle invite à réécrire cette histoire intérieure pour retrouver du sens.

Le burn-out professionnel touche aussi les quadragénaires, quinquagénaires et sexagénaires
Jak uniknąć wypalenia zawodowego w wieku 40, 50 i 60 lat? Ekspertka ma jedną radę

Travailler toujours plus en éprouvant toujours moins de satisfaction : c'est le constat que dresse une experte en épuisement professionnel, qui s'adresse particulièrement aux actifs de plus de 40, 50 et 60 ans. Selon elle, le burn-out ne frappe pas seulement les jeunes carrières ou les salariés en début de parcours. Il touche aussi, et parfois plus durement, ceux qui ont accumulé les responsabilités, les succès et les compromis pendant des décennies.

Le phénomène est connu sous le nom de crise de la quarantaine ou de la cinquantaine, mais l'experte préfère parler d'un moment de bascule où la réussite professionnelle cesse de compenser la fatigue. À force d'enchaîner les journées, les objectifs et les obligations, beaucoup de quadragénaires et de quinquagénaires découvrent que leur travail ne leur procure plus la reconnaissance ni le plaisir qu'ils en attendaient. Le salaire, le titre ou les responsabilités ne suffisent plus à masquer une forme d'épuisement plus profonde.

Son analyse déplace cependant le diagnostic. Le problème, affirme-t-elle, ne réside pas d'abord dans l'organisation du travail, les horaires ou la charge de tâches. Il se niche dans l'histoire que chacun se raconte sur lui-même depuis des années. Cette narration intérieure, construite autour de ce que l'on devrait être, de ce que l'on aurait dû accomplir et de la manière dont on imagine que les autres nous perçoivent, finit par peser plus lourd que les contraintes réelles du poste.

Chez les plus de 50 ans, cette pression prend souvent la forme d'un bilan. L'heure est aux comparaisons avec les collègues plus jeunes, aux regrets sur les choix passés, à la crainte de ne plus être à la hauteur dans un environnement qui évolue vite. Chez les sexagénaires, la question se pose différemment : entre la perspective de la retraite, la lassitude accumulée et le sentiment d'avoir donné beaucoup sans toujours recevoir en retour, le rapport au travail se transforme. Le burn-out peut alors surgir au moment où l'on croyait avoir traversé le plus difficile.

L'experte ne propose pas de solution miracle, mais une seule direction : réécrire le récit que l'on tient sur soi. Cela signifie examiner les attentes que l'on porte, distinguer celles qui viennent réellement de soi de celles qui ont été héritées de la famille, de l'entreprise ou de la société. Ce travail de lucidité permet de retrouver une forme de liberté intérieure et, souvent, de redonner du sens à une activité devenue mécanique.

Cette approche rejoint les observations de nombreux spécialistes de la santé au travail, qui constatent que l'épuisement professionnel n'est pas seulement une question de volume horaire. Il dépend aussi de la capacité à poser des limites, à reconnaître ses besoins et à accepter que l'identité d'une personne ne se réduise pas à son métier. Pour les actifs de plus de 40 ans, qui cumulent souvent vie familiale, responsabilités professionnelles et exigences personnelles, cette remise en question peut être salutaire.

Le message s'adresse aussi aux employeurs et aux managers. Comprendre que la lassitude des salariés expérimentés ne se résume pas à un manque de motivation permet d'envisager des réponses plus adaptées : entretiens de milieu de carrière, mobilité, formation, aménagement du temps de travail. Mais pour l'experte, le premier pas reste individuel. Il consiste à se demander quelle histoire on se raconte, et si elle correspond encore à la vie que l'on souhaite mener.

Cédric Vidal

Auteur

Correspondant international

Cédric Vidal couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.