N° 271 lundi 28 septembre 2026

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Société

Pourquoi les papillons dans le ventre sont un signal d'alerte en amour

Le psychothérapeute Jacek Masłowski explique que l'excitation amoureuse intense peut masquer un style d'attachement insécurisant et mener à des relations qui se répètent. Il rappelle que la sécurité affective se construit dès la petite enfance, sans exiger la perfection parentale.

Pourquoi les papillons dans le ventre sont un signal d'alerte en amour
Psychotherapy

L'ivresse des débuts amoureux, souvent décrite comme des « papillons dans le ventre », n'est pas nécessairement le signe d'une relation saine. Pour le psychothérapeute et philosophe Jacek Masłowski, cofondateur de la Fondation Masculinum, cette sensation intense peut au contraire constituer un signal d'alerte. Interrogé par Anna Dec dans le cadre du cycle « Miłość », il décrypte un schéma qui piège de nombreuses femmes : l'impression que chaque histoire se termine par la même déception, même lorsque le partenaire change.

Ce phénomène trouve son origine dans les styles d'attachement, qui se forgent très tôt. Selon le spécialiste, ces schémas relationnels se mettent en place entre le sixième et le dix-huitième mois de la vie, puis se consolident jusqu'à l'âge de quatre ans. Ils deviennent ensuite une grille de lecture quasi automatique des relations affectives à l'âge adulte. Une personne dont le besoin de sécurité n'a pas été suffisamment satisfait dans la petite enfance peut ainsi reproduire, sans le savoir, les mêmes attentes et les mêmes frustrations dans ses couples successifs.

Le thérapeute tient toutefois à rassurer les parents : nul besoin d'être parfait pour transmettre un attachement sécurisant. Environ trente pour cent de réponses ajustées aux besoins de l'enfant suffisent à construire cette base. L'essentiel n'est donc pas la performance éducative, mais la capacité à revenir vers l'enfant après un moment d'inattention ou de tension. Cette vision déculpabilisante invite à considérer la relation parent-enfant comme un processus vivant, fait d'ajustements, plutôt que comme une suite d'exigences impossibles à tenir.

Le deuxième mécanisme mis en lumière par Jacek Masłowski concerne les relations avec un partenaire qui semble idéal et indépendant. Ce type de profil peut se montrer séduisant tant que la distance est maintenue. Mais dès que la véritable intimité s'installe, il commence à se retirer. Ce mouvement de retrait, souvent vécu comme un rejet, réactive chez l'autre la peur de l'abandon et un besoin accru de réassurance. Le couple s'enferme alors dans une dynamique où l'un cherche à se rapprocher et l'autre à reprendre de l'espace.

Comprendre ces rouages permet de sortir de la répétition. Plutôt que d'interpréter l'intensité émotionnelle comme une preuve d'amour, il devient possible de s'interroger sur ce qu'elle vient réveiller : un besoin de sécurité, une blessure ancienne ou une croyance héritée. Le travail thérapeutique consiste souvent à identifier ces schémas pour ne plus les confondre avec la passion. L'objectif n'est pas de fuir l'émotion, mais de la reconnaître pour ce qu'elle est et de construire des relations moins fondées sur l'angoisse que sur la confiance.

Cette analyse rejoint une préoccupation plus large de société : la manière dont les modèles familiaux et les récits amoureux façonnent nos attentes. En mettant en évidence le rôle des premières années de vie, elle invite à une forme de lucidité bienveillante. Les papillons dans le ventre ne sont pas condamnés à devenir des signaux d'alarme permanents. Ils peuvent aussi être le point de départ d'un apprentissage : celui d'un amour qui ne se nourrit plus de l'insécurité, mais d'une présence stable et réciproque.

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Élodie Rivière

Auteur

Journaliste société

Élodie Rivière couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.