La France traverse un épisode de sécheresse des sols qualifié de « précoce et exceptionnel » par le ministère de la Transition écologique à la mi-juillet. Les images satellites montrent une carte de France qui a viré du vert au jaune, illustrant l'étendue du phénomène. L'agroclimatologue Serge Zaka explique sur ses réseaux sociaux que « les prairies desséchées, la défoliation des forêts, les cultures d'été en grande souffrance, comme le maïs, le soja et le tournesol, ainsi que les moissons d'hiver précoces contribuent à cette couleur ». Cette sécheresse est notamment une conséquence de la vague de chaleur historique de juin, suivie de celle de début juillet. Selon les climatologues du World Weather Attribution, cet épisode aurait été quasiment impossible au mois de juin sans le changement climatique dû aux activités humaines. Voici cinq chiffres qui illustrent l'ampleur de la situation.

Le premier indicateur est l'indice d'humidité des sols, qui mesure la teneur en eau dans la zone racinaire sur une profondeur d'environ deux mètres. Cet indice est crucial pour la gestion des forêts, de l'eau et de l'agriculture. Au 20 juillet, il présente un « déficit extrême pour la saison de la Vendée à la Bourgogne avec jusqu'à -95 % », selon Serge Zaka. Dans son dernier bulletin hydrologique, Météo-France note qu'au 30 juin, l'indice d'humidité des sols moyenné sur la France est nettement inférieur à celui habituellement observé fin août. En moyenne sur l'ensemble du mois de juin, les sols ont été plus secs que la normale sur 75 % du pays et exceptionnellement secs sur 17 % du territoire. Cette sécheresse des sols résulte à la fois d'un manque de précipitations et des températures élevées.

Le deuxième chiffre concerne le déficit de pluies, ou sécheresse météorologique. En juin, le déficit de précipitations atteint environ 45 %, allant de 25 à 75 % sur la quasi-totalité du pays, souligne Météo-France. Certaines régions ont été particulièrement touchées, comme la Corse, le Languedoc, le sud de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le Centre Ouest et l'Auvergne. D'autres zones ont été davantage épargnées, avec des pluies « plus conformes à la saison » sur l'extrême nord, l'ouest de la Bretagne, les Alpes et localement dans le Grand-Est.

Le troisième indicateur est la situation des cours d'eau, jugée « la plus préoccupante » par le ministère de la Transition écologique. Un quart des petits cours d'eau sont à sec, « une situation inédite depuis le début du suivi national en 2012 ». Depuis début juin, les débits diminuent rapidement, avec près d'un tiers des stations de mesure qui ont enregistré des niveaux inférieurs aux minima observés sur les vingt dernières années à la même période. Cette situation affecte directement les écosystèmes aquatiques et les activités humaines qui dépendent de ces ressources.

Le quatrième chiffre concerne la sécheresse hydrogéologique, qui touche les eaux souterraines. Dans son dernier bulletin en date du 15 juillet, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) relève que la vidange des nappes phréatiques se poursuit, avec 94 % des niveaux en baisse. Deux raisons expliquent cette situation : d'une part, les sols se sont asséchés en juin et les faibles pluies, souvent tombées sous forme d'orages, n'ont que peu bénéficié à la végétation ; d'autre part, les prélèvements liés aux températures élevées ont accentué la vidange naturelle. Cette baisse généralisée des nappes phréatiques est préoccupante pour l'approvisionnement en eau potable et pour l'agriculture.

Le cinquième chiffre illustre l'impact de la canicule sur les écosystèmes. Couplée à la sécheresse, la canicule intense et précoce du mois de juin a gravement affecté la végétation. Dans une étude sur les effets de cette vague de chaleur, l'Institut Pierre-Simon Laplace, référent en matière de sciences du climat, a mesuré que la végétation a perdu 17 % de sa capacité photosynthétique du 18 au 25 juin, alors que cette perte n'était que de 3,6 % la semaine précédente. L'étude explique que « face à un stress hydrique, les plantes ferment leurs stomates pour réduire la transpiration, ce qui limite l'absorption du CO2 atmosphérique et diminue la photosynthèse ». Lorsque les températures de surface deviennent critiques, comme à 42 °C, les dommages peuvent être irréversibles, allant jusqu'à la mort prématurée des feuilles.

Par ailleurs, la canicule de juin a eu des conséquences humaines dramatiques. Santé publique France a publié un deuxième bilan sur la période caniculaire allant du 17 juin au 2 juillet, faisant état d'un excès de mortalité de 5 764 personnes par rapport aux données normales sur cette période. L'Île-de-France est la région la plus touchée, alors que 98,5 % de la population hexagonale a dû subir cet épisode inédit. Il s'agit du plus lourd bilan depuis la canicule de 2003, qui avait causé près de 15 000 décès supplémentaires. Cette situation souligne l'urgence d'adapter les politiques publiques face aux conséquences du changement climatique, qui rend ces événements extrêmes plus fréquents et plus intenses.