L'instance européenne du football a haussé le ton ce mercredi 30 juillet. Réunie en urgence, l'UEFA et ses 55 associations nationales ont annoncé à l'unanimité qu'elles boycotteraient les prochaines éditions de la Coupe du monde si la Fédération internationale (Fifa) maintenait son projet de créer une société commerciale ouverte à des investisseurs privés. Cette décision sans précédent marque un tournant dans les relations entre les deux instances.

Dans un communiqué publié après la réunion, l'UEFA a exprimé un rejet catégorique du plan du président de la Fifa, Gianni Infantino. « La Coupe du monde n'est pas à vendre », a affirmé l'organisation, soulignant que ce tournoi « fait partie des plus grands héritages sportifs du football » et qu'« aucune partie de cet héritage ne devrait jamais être cédée à des investisseurs privés ». Les dirigeants européens estiment que le projet a été élaboré en secret et « failli être approuvé sans aucune consultation sérieuse », qualifiant la démarche d'« irresponsable et indéfendable ».

Le bras de fer a commencé mardi, lorsque Gianni Infantino a dévoilé son intention de transférer des parts des compétitions de la Fifa — dont la Coupe du monde masculine et féminine — à une filiale commerciale destinée à attirer des fonds extérieurs. L'objectif affiché est d'accroître les revenus, mais l'UEFA y voit une menace existentielle pour l'intégrité du sport. « Dès l'instant où des investisseurs extérieurs acquièrent des parts dans les compétitions, le football change à jamais », prévient le communiqué.

L'instance présidée par Aleksander Ceferin détaille les conséquences qu'elle redoute. « La rentabilité commerciale devient une obligation permanente. Les attentes des investisseurs se transforment en une pression quotidienne », écrit-elle. Elle ajoute que « les décisions concernant le calendrier international, les formats de compétition et l'avenir du football ne seraient plus guidés par l'intérêt du jeu, mais par celui des actionnaires ». Une mise en garde qui fait écho aux craintes de nombreux acteurs du football mondial.

La Fifa a tenté de calmer le jeu en publiant jeudi une note assurant qu'elle conserverait le « contrôle exclusif » de la structure commerciale. Mais l'UEFA reste perplexe. Dans son communiqué, elle exige que le projet soit « abandonné dans son intégralité » et que des « garanties fermes » soient données. À défaut, « aucune équipe nationale de l'UEFA ne participera à aucune compétition de la Fifa », menace-t-elle.

Cette annonce intervient alors que la prochaine grande échéance est le Mondial féminin 2027, qui se déroulera au Brésil. Onze ou douze nations européennes sont qualifiées ou en voie de qualification. Si le boycott était effectif, cela priverait le tournoi de plusieurs des meilleures sélections du monde, comme la France, l'Allemagne, l'Espagne ou l'Angleterre. L'impact sportif et médiatique serait considérable.

Au-delà du football féminin, la menace porte sur toutes les compétitions de la Fifa, y compris la Coupe du monde masculine 2030, qui doit se tenir dans six pays répartis sur trois continents (Maroc, Espagne, Portugal, Argentine, Uruguay, Paraguay). Un boycott des nations européennes bouleverserait l'équilibre du football mondial et remettrait en cause la légitimité même du tournoi.

La position de l'UEFA a été saluée par plusieurs ligues et fédérations nationales, ainsi que par des groupes de supporters. De nombreux observateurs estiment que ce vote unanime envoie un signal fort à Gianni Infantino, qui se retrouve isolé face à l'opposition de son propre continent. Reste à savoir si la Fifa reculera ou si le conflit s'envenimera dans les semaines à venir. L'UEFA a déjà prouvé par le passé qu'elle pouvait mobiliser ses membres pour défendre ses intérêts, mais un boycott des Coupes du monde serait une première dans l'histoire du football.

Pour l'heure, aucune réunion de conciliation n'est programmée. La balle est désormais dans le camp du président de la Fifa, qui doit décider s'il maintient son projet controversé ou s'il accepte de le retirer face à la fronde européenne. La prochaine réunion du conseil de la Fifa, prévue en septembre, pourrait être décisive. Les regards sont tournés vers Zurich, où se trouve le siège de l'instance mondiale.