La Fédération internationale de football association (Fifa) a dévoilé un projet controversé visant à céder une partie des droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés. L'information, révélée mardi par leTimespuis confirmée par l'instance dirigeante du football mondial, prévoit la création d'une société baptisée « Fifa Forward Enterprise » (FFE) qui gérerait l'ensemble des activités commerciales liées à la compétition: diffusion, sponsoring, billetterie et licences.

Selon le communiqué de la Fifa, cette nouvelle entité permettrait de « lever 4,2 milliards de dollars » dès cette année, soit environ 3,7 milliards d'euros. Les bénéfices nets seraient « réinvestis dans le football », assure l'organisation. Pour faire accepter le projet, la Fifa propose un nouveau mécanisme de financement, le « Fifa Fast Forward Programme », qui octroierait 20 millions de dollars immédiatement à chacune des 211 fédérations membres, avec des revenus croissants par la suite. L'objectif affiché est de dégager une enveloppe supérieure à 10 milliards de dollars (8,8 milliards d'euros) sur les quatre prochaines années, soit bien plus que les 2,7 milliards initialement prévus pour la période 2027-2030.

Le projet suscite de vives réactions dans le monde du football. L'UEFA a publié une déclaration cinglante, estimant que « ça franchit une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir ». L'instance européenne ajoute que « l'âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans aucune transparence sur la destination des bénéfices financiers ». Javier Tebas, président de la Liga espagnole, a également condamné le projet, affirmant que « les compétitions et les droits commerciaux de la Fifa ne sont pas le patrimoine personnel d'Infantino ». Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, a déclaré que « le football n'appartient pas aux investisseurs. Il appartient aux personnes qui remplissent les tribunes ».

Au-delà des critiques sur le principe, le projet soulève des questions sur ses bénéficiaires. Selon leTimes, la Fifa travaille avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds d'investissement Thrive Eternal, fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de l'ancien président américain Donald Trump. Ce fonds pourrait prendre la tête du groupe d'investisseurs et en tirer les plus gros revenus. Le journal britannique affirme également que Gianni Infantino se serait assuré auprès de Joshua Kushner d'être nommé directeur général de la FFE à l'issue de son dernier mandat à la tête de la Fifa, en 2031, avec des revenus personnels décuplés.

Le président de la Fifa, Gianni Infantino, avait évoqué dès le début de la Coupe du monde 2026 son intention de « libérer le potentiel commercial » de l'organisation. Ce projet, qui doit encore être validé par le Conseil de la Fifa, intervient dans un contexte de polémiques sur les liens entre Infantino et l'administration Trump pendant le Mondial. Les détracteurs du plan dénoncent une privatisation rampante de la plus grande compétition sportive mondiale, vendue « en pièces détachées » à des investisseurs dont l'unique objectif serait le profit, au détriment des supporters et de l'intégrité du jeu.

La Fifa défend son initiative en promettant des retombées économiques massives pour les fédérations nationales, notamment les plus modestes. Mais pour ses opposants, le risque est clair: la gouvernance du football passerait des instances sportives à des actionnaires privés, sans garantie sur la répartition des bénéfices. L'avenir de ce projet dépendra de la décision du Conseil de la Fifa, dont les membres sont majoritairement favorables à Infantino.