N° 296 vendredi 23 octobre 2026

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Technologie

Mori, le robot champignon qui tient compagnie sans prononcer un mot

OKA lance Mori, un robot-compagnon en forme de champignon lumineux qui mise sur la lumière, le son et le mouvement plutôt que sur la parole ou un écran. Vendu 649 dollars en accès anticipé, il pose la question du prix et de la place de la technologie dans l'intimité du foyer.

Mori, le robot champignon qui tient compagnie sans prononcer un mot
Mori the Mushroom Robot Offers Company Without Saying a Word

Un champignon aux yeux lumineux plutôt qu'un petit humanoïde sur la table de nuit : c'est le parti pris d'OKA avec Mori, un robot-compagnon qui vient d'entrer en programme d'achat anticipé. Sa promesse est volontairement modeste — offrir un peu de présence et une raison de faire une pause — et il le fait sans écran, sans mots, uniquement par la lumière, le son et le mouvement.

Mori mesure un peu moins de 30 centimètres à sa hauteur maximale. Son chapeau large et éclairé surmonte un corps arrondi recouvert d'un tissu contenant 25 % de laine véritable, sous lequel affleurent deux yeux. La silhouette évoque une petite lampe de chevet égarée dans un film d'animation, et c'est précisément ce qui rend l'objet facile à adopter dans un intérieur.

Derrière cette apparence, une intention claire. Le cofondateur d'OKA, Hua Wang, explique avoir passé dix ans à concevoir des mécanismes destinés à ramener les gens vers leur téléphone. Avec Mori, il veut un robot qui ait sa place dans une maison plutôt qu'une machine imposante et intrusive. Un robot domestique doit d'abord gagner sa place parmi les meubles avant que son intelligence ne devienne réellement intéressante.

Les commandes prolongent cette logique. Poser les deux mains sur sa base déclenche une séance de respiration guidée ; tapoter sa tête fait rentrer le chapeau et transforme l'objet en lampe. Lumières et paysages sonores naturels accompagnent ces moments de pause. Ces gestes directs évitent la séquence habituelle — ouvrir une application, choisir un menu, régler des paramètres — pour une activité dont l'objectif est justement de s'éloigner de l'écran.

Mori ne parle pas. Son vocabulaire se limite à des sons, des expressions, de la lumière et des mouvements. Cette limite pourrait bien être son meilleur argument : un objet de chevet qui ne devient pas une obligation conversationnelle. Un regard ou un léger mouvement laissent plus de place à l'interprétation, comme un personnage animé dont la personnalité passe avant les mots. Le mode lampe permet aussi de réduire la plupart de ses réactions, offrant une manière de baisser le volume de cette présence.

Reste une question moins poétique : ces yeux expressifs supposent de capter des personnes à l'intérieur de leur foyer. La politique de confidentialité d'OKA indique que l'intelligence artificielle centrale de Mori fonctionne localement, les flux de la caméra et du microphone étant traités sur l'appareil. Les images et les sons bruts sont supprimés après traitement, tandis que les informations de reconnaissance peuvent être conservées localement pour distinguer les utilisateurs. La collecte de données de compte, d'appareil et de diagnostic reste toutefois autorisée. Le traitement local est un choix appréciable, mais les autorisations méritent un coup d'œil avant d'installer un compagnon équipé d'une caméra sur sa commode.

OKA assure par ailleurs que Mori apprend et devient plus individuel au fil des interactions. Une promesse à juger sur la durée : un geste familier peut devenir attachant ou simplement prévisible. Tout l'enjeu est de donner à l'objet assez de variation pour entretenir l'affection sans réclamer d'attention. Son rôle discret fixe une barre plus haute que son apparence adorable ne le laisse croire : il doit rester agréable une fois la nouveauté retombée.

Le prix, enfin, tempère l'enthousiasme. Mori est proposé à 649 dollars hors taxes et frais de port pour les commandes en accès anticipé, deux ans d'abonnement Nature Time inclus. OKA précise que les fonctions de base ne nécessiteront pas de formule payante et que cet abonnement inclus ne deviendra pas automatiquement payant. À ce tarif, le comportement quotidien du robot comptera davantage que son charme de présentation. Un champignon lumineux a déjà sa place dans une maison ; encore faut-il que ses yeux valent le prix demandé.

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Florence Barbier

Auteur

Rédactrice culture

Florence Barbier couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.