N° 312 dimanche 8 novembre 2026

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Culture

À Lugano, des plateformes d'observation installées sur des sites menacés de démolition

Le collectif SKNYPL dresse, dans le cadre de la Biennale Svizzera del Territorio, des plateformes d'observation en échafaudage sur deux lieux de la ville tessinoise menacés de disparition.

À Lugano, des plateformes d'observation installées sur des sites menacés de démolition
© yankodesign.com

À Lugano, le collectif SKNYPL a installé des plateformes d'observation en tubes d'échafaudage, planches de passerelle et filets de sécurité sur deux sites de la ville menacés de démolition. Le dispositif, intitulé « Sit For A While », fait partie de la sixième Biennale Svizzera del Territorio. Il invite le public à s'arrêter et à regarder des lieux que la ville s'apprête, ou pourrait s'apprêter, à transformer.

Le projet part d'un constat : à Lugano, des constructions du XXe siècle sans protection patrimoniale, ainsi que des villas du XIXe siècle, continuent d'être démolies. Les concepteurs ont travaillé à partir de recherches d'archives, de la presse locale et de documents municipaux. Ils entendent rendre visibles les tensions entre entretien, préservation et démolition urbaine, en offrant à ces situations un point de vue physique accessible à tous.

Le premier site se trouve sur la Piazzale di Besso, à proximité de la gare centrale, sur un vide non bâti. Le second est situé via Pazzalino 1, à côté d'un ancien bâtiment scolaire municipal désaffecté. Ce bâtiment fait l'objet d'un débat administratif et est menacé de démolition. Sur chacun de ces lieux, la plateforme sert de belvédère public et encadre à la fois la construction contestée et le vide, ce qui oblige le regard à se poser sur ce qui est sur le point de disparaître.

Les structures sont montées avec des matériaux simples et démontables : tubes d'échafaudage, planches de passerelle et filets de sécurité. Ce choix renvoie directement au vocabulaire du chantier, celui qui accompagne la transformation ou la disparition des bâtiments. Le photographe Fabio Compagno a documenté les installations, dont les images accompagnent le projet, et celui-ci est signé du collectif SKNYPL.

Le dispositif s'inscrit dans le cadre de la Biennale Svizzera del Territorio, dont la thématique porte sur la relation entre le territoire, son entretien et les choix de transformation. En plaçant des plateformes sur des sites précis plutôt que dans un espace d'exposition, les organisateurs déplacent la réflexion dans la rue, là où se jouent les décisions d'urbanisme. Le public n'est pas invité à consommer une œuvre, mais à se tenir face à un lieu.

Au-delà de l'installation elle-même, le projet pose une question simple : quels bâtiments méritent d'être conservés, et selon quels critères ? Les constructions du XXe siècle sans protection, comme les villas du XIXe siècle, montrent que la préservation patrimoniale ne couvre pas l'ensemble du bâti. Le bâtiment scolaire de via Pazzalino, de son côté, illustre un cas typique de bâtiment public devenu inutilisé, dont l'avenir dépend d'arbitrages administratifs encore ouverts.

La plateforme n'a pas vocation à durer. Elle transforme pendant quelques semaines un lieu en espace d'attention, puis disparaîtra comme les bâtiments qu'elle encadre. Cette temporalité, empruntée au chantier, fait de l'installation un commentaire sur la fragilité du bâti urbain et sur la rapidité avec laquelle un paysage peut changer. La question de la valeur accordée aux bâtiments ordinaires, au-delà des monuments reconnus, reste au centre du débat local.

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Cédric Vidal

Auteur

Correspondant international

Cédric Vidal couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.