Des lampes sculpturales qui allient design et légèreté
La maison Abask dévoile une collection de lampes à poser aux allures d'œuvres d'art, tandis que le designer Christian Borger repense la lampe sur pied pour la rendre plus légère et facile à vivre.
La maison de design Abask enrichit son catalogue de nouvelles lampes à poser qui empruntent autant au mobilier qu'à la sculpture. Ces pièces, conçues pour être exposées comme des œuvres, transforment un simple luminaire en un élément central de la décoration intérieure. Mais leur prix élevé pousse de nombreux amateurs à chercher des alternatives plus accessibles, proposées par les enseignes de la grande distribution à partir de 22 livres sterling.
Cette tendance à la lampe-objet n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large où le luminaire devient un signe de sophistication, un moyen d'affirmer un goût sans multiplier les meubles. Les créateurs rivalisent d'audace pour proposer des formes toujours plus monumentales, qu'il s'agisse de lampes à poser ou de lampes sur pied. Mais cette démesure a un revers : plus une lampe est imposante, plus elle est lourde, encombrante et difficile à déplacer.
C'est précisément le problème que cherche à résoudre le designer Christian Borger, basé à Brooklyn, avec sa série « Ultra-Light ». Sa dernière création, la lampe sur pied LP-11, mesure plus d'un mètre cinquante de haut et se présente comme un empilement d'abat-jour en bois qui se rétrécissent vers le bas, à la manière d'un totem. Pourtant, elle ne pèse presque rien. La structure repose sur de fins câbles en acier tendus à travers une base en bois, ce qui permet aux panneaux de tenir en suspension plutôt que de s'empiler en masse. Le principe s'apparente davantage à celui d'un portique de balançoire qu'à celui d'une lampe classique.
Visuellement, l'objet évoque quatre ou cinq abat-jour qui s'emboîtent les uns dans les autres, séparés par un mince filet de lumière. Éteinte, la lampe ressemble à un travail de menuiserie minimaliste, presque architectural. Allumée, les interstices entre les panneaux deviennent le cœur du dispositif : la lumière chaude s'échappe par ces fentes étroites et se diffuse en bandes superposées, comme un phare construit avec des façades de tiroirs.
Ce qui distingue la LP-11 d'un simple gadget, c'est l'ingénierie qui la sous-tend. Les croquis de Borger, tracés sur papier millimétré, montrent des mesures précises pour chaque panneau, dont la largeur augmente progressivement du bas vers le haut : 5 cm, puis 9, puis 13, puis 16, puis 20. Cette progression n'est pas décorative. Elle permet aux câbles d'assurer le rôle structurel à la place d'un cadre interne lourd, ce qui explique qu'un objet de près de deux mètres puisse être soulevé d'une seule main.
Le designer ne cherche pas à dissimuler les mécanismes. Les tendeurs, les câbles apparents et les jointures visibles entre les panneaux sont laissés à la vue, comme si la lampe voulait montrer comment elle tient debout. Une approche à contre-courant de nombreux luminaires qui tentent de faire oublier leur construction. Ici, le mécanisme fait partie du langage esthétique, assumé plutôt que caché.
Cette démarche a aussi quelque chose de rafraîchissant à l'heure où l'habitat connecté multiplie les fonctions pilotées par application. La LP-11 n'a besoin ni de batterie, ni de commande vocale, ni de compagnon numérique. Son innovation est purement physique : une meilleure répartition du poids pour qu'un grand objet cesse de se comporter comme tel. Une pensée plus proche de l'architecture tendue ou du gréement naval que des catalogues de maison connectée.
Christian Borger dirige son studio sous le nom d'Ultra-Light Research, et l'appellation n'est pas qu'une marque. Dans toute la série, des bureaux aux chaises en passant par les lampes, la même question revient : combien de matière peut-on retirer avant qu'un objet cesse de fonctionner ? La LP-11 y répond d'une manière que l'on ressent immédiatement lorsqu'on la soulève. Elle paraît monumentale et se porte comme si elle était creuse, ce qui est exactement le but recherché.
Pour les amateurs de design, cette approche offre une alternative aux pièces massives qui ornent les showrooms mais s'avèrent difficiles à déplacer au quotidien. Elle rejoint l'engouement actuel pour des intérieurs modulables, où le mobilier doit pouvoir changer de place sans effort. Une réponse élégante à une contrainte bien réelle, qui pourrait inspirer d'autres créateurs.



