N° 267 jeudi 24 septembre 2026

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Culture

Maria Gil remporte le prix DesignEuropa Next Generation

La designer polonaise Maria Gil a été distinguée par le prix DesignEuropa Next Generation pour ses créations qui allient artisanat, identité et questionnement. Elle revient sur son parcours entre Londres, Milan et la Pologne.

Maria Gil remporte le prix DesignEuropa Next Generation
I Spotted This Design Classic Storage in Metallic Gold at a Showroom This Week — Now I'm Convinced It's the Perfect Furniture for Small Rooms

La designer polonaise Maria Gil a remporté le prix DesignEuropa Next Generation, une distinction européenne qui récompense les jeunes talents du design produit. Ce prix, décerné par l'Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle, met en lumière des créateurs émergents dont le travail interroge les usages et les héritages culturels.

Formée à Londres et en Italie, Maria Gil a choisi de retourner en Pologne pour y développer une pratique singulière, nourrie par un aller-retour constant entre héritage italien et racines polonaises. « Je pense que le plus précieux dans cette expérience, c'est de réaliser que les designs les plus puissants sont ceux qui continuent de poser des questions, même une fois terminés, et qui ouvrent un espace de conversation plutôt qu'un simple monologue », confie-t-elle.

Son parcours international a profondément marqué sa démarche. À Londres, elle a été immergée dans un environnement multiculturel qui l'a incitée à explorer sa propre identité. Puis, lors d'un échange à Milan, elle a découvert l'héritage du design italien, notamment le postmodernisme, un mouvement qu'elle affectionne particulièrement. De retour en Pologne, elle a entrepris un voyage à travers le pays pour observer les traditions artisanales et les pratiques de design encore vivantes. C'est là qu'elle a constaté l'absence d'un mouvement postmoderniste polonais, contrairement à l'Italie et à son Radical Design. Cette lacune est devenue le point de départ de son projet de diplôme, Post War Wardrobe, qui explore ce qu'aurait pu être ce mouvement.

Pour Maria Gil, le design ne se limite pas à la création d'objets fonctionnels. « Ma règle directrice est de ne pas créer des choses qui existent déjà. Cela ne signifie pas inventer pour le simple plaisir de la nouveauté, mais plutôt déplacer la conversation vers le sens. Je ne veux pas ajouter d'objets sans signification au monde », explique-t-elle. Ses créations, à l'image de la Fan Lamp qui intègre un éclairage LED dans une géométrie inspirée de l'éventail, ou du Zyranball qui transforme des balles de ping-pong en suspension, témoignent de cette recherche de sens et de réemploi.

Son travail a été remarqué très tôt. Alors qu'elle hésitait à soumettre le croquis de son All Seeing Chair à un concours organisé par la marque House of Errors, elle a finalement été récompensée. « Je n'ai presque pas soumis mon croquis de l'All-Seeing Chair parce que je pensais sincèrement qu'il était si évident que tout le monde avait dû y penser. Je ne pensais pas qu'il avait la moindre chance de gagner un prix, et pourtant il a été reconnu », se souvient-elle. Cette reconnaissance l'a encouragée à suivre son intuition. Le succès l'a ensuite conduite à exposer au SaloneSatellite lors du Salone del Mobile 2025, une expérience qui lui a fait découvrir les rouages de l'industrie du design. « Pour le Salone Satellite, je savais que je devais recréer mes prototypes au plus haut niveau possible pour être à la hauteur de la foire. Le processus, cependant, était peu créatif, plutôt administratif, logistique et physique. Cela m'a appris, plus que n'importe quel projet d'atelier, combien d'efforts organisationnels sont nécessaires pour être une designer à succès », raconte-t-elle.

L'année suivante, elle est revenue à la foire pour lancer un canapé conçu pour Nicoletti Home. Cette collaboration avec un fabricant a marqué un tournant : en confiant la production à la marque, elle a pu se concentrer pleinement sur le cœur de son travail créatif. Cette transition vers la production et la vente a toutefois révélé des défis inattendus, notamment la charge administrative qui pèse sur la création. Pour Maria Gil, la collaboration avec des industriels est devenue une nécessité pour dépasser l'autoproduction et donner à ses pièces une portée plus large.

Aujourd'hui, son travail continue d'explorer les liens entre matérialité, histoire et identité. Le prix DesignEuropa Next Generation vient saluer une démarche qui refuse l'objet gratuit pour privilégier le questionnement et le dialogue. Une approche qui, selon elle, définit les créations les plus puissantes : celles qui continuent de faire parler d'elles bien après avoir quitté l'atelier.

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Étienne Chevalier

Auteur

Reporter sport

Étienne Chevalier couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.