Kavinsky, de son vrai nom Vincent Belorgey, est mort ce mercredi à l'âge de 49 ans. Figure incontournable de l'électro française, il laisse une œuvre marquée par un univers rétrofuturiste et un personnage de zombie vintage. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué sur X « l'une des voix les plus singulières » de France, dont la musique « continuera de traverser les générations et les frontières ». Le festival Garten on the beach de Deauville, où il devait se produire le 8 août, a rendu hommage à une « véritable icône de la French Touch ».
L'annonce de sa disparition a provoqué une vague d'émotion dans le monde de la musique. Le 10 juillet, lors de son concert au Stade de France, The Weeknd avait placé Kavinsky au panthéon de l'électro française, déclarant: « Daft Punk, Justice, Kavinsky… sans ces légendes, The Weeknd n'existerait pas ». C'était la dernière apparition publique du DJ originaire de Seine-Saint-Denis.
Kavinsky n'était pas un enfant de la première French Touch. Il appartenait à la génération dite « 2.0 », arrivée dans les années 2000 après les Cassius, Daft Punk et Air. « C'est un peu les enfants », résume Patrick Thévenin, journaliste aux Inrocks. Pianiste autodidacte, Kavinsky a appris la musique dans une MJC de quartier. Adolescent, il n'écoutait que du rap. « Je suis passé à côté de Daft Punk tout simplement parce qu'il y avait marqué punk sur la couverture et que personne ne m'avait dit que ça n'en était pas », confiait-il à 20 Minutes en 2013.
Son ami d'enfance, Quentin Dupieux (alias Mr. Oizo), a changé sa vie en lui faisant découvrir le cinéma de Dario Argento, les bandes originales de Goblin et les machines électroniques. « Quentin m'avait appris à enregistrer, à allumer un synthé, à mettre des cubes. Et petit à petit, je me suis pris au jeu », racontait Kavinsky. Il intègre le label Ed Banger, vit en colocation avec Gaspard Augé de Justice et signe chez Record Makers. Il assure la première partie de la tournée Alive 2007 des Daft Punk. Guy-Manuel de Homem-Christo le décrivait comme un acteur dont on ne sait pas s'il joue une comédie ou un drame.
Les films de John Carpenter, dont il admirait la double casquette de réalisateur et compositeur, l'ont profondément marqué. « Mes parents avaient une vidéothèque avec une trentaine de VHS, que je regardais en boucle. Ces films m'ont tatoué de manière indélébile et ressortent quand je fais de la musique », expliquait-il. De cette passion est né un concept unique: un homme qui a un accident de Testarossa en 1986 et revient sur Terre en zombie producteur de musique. « Un petit synopsis assez simple, calqué sur une bouillie de tous les films que j'aime… Si je n'avais pas créé ce zombie, ma musique aurait été différente », confiait-il.
Ce personnage, proche de la mythologie des Daft Punk, a donné à sa musique une dimension cinématographique. C'est ce qui a séduit Nicolas Winding Refn lorsqu'il a découvert « Nightcall » pour son filmDrive. « J'ai choisi ce morceau sans hésitation », racontait le réalisateur. Kavinsky avait conçu le titre avec Guy-Manuel de Homem-Christo comme une scène de film: « On avait décidé de faire un slow, où le héros mort parle à son ancienne copine qui a refait sa vie, et qu'il a peur de lui dire ce qu'il est devenu. » Selon Patrick Thévenin, « on a l'impression que ça a été composé pourDrive, alors que non ».
Avec « Nightcall », Kavinsky ne visait pas le dancefloor. « C'est une chanson nostalgique, mélancolique, qui s'écoute en roulant en voiture ou tranquillement chez soi, jamais un tube de club », analyse le journaliste. Si la French Touch puise dans le funk et la disco, Kavinsky emprunte un autre chemin. Il est l'un des créateurs de la synthwave, un courant nourri par une nostalgie d'une époque sans Internet. Ce genre a directement influencé The Weeknd ou la bande originale deStranger Things.
Après son premier albumOutRun(2013), Kavinsky a disparu pendant neuf ans. « Je veux qu'on me parle d'autre chose que de Nightcall désormais », confiait-il en 2022 à Mixmag, à l'occasion de la sortie deReborn, un second album aux influences plus larges. La cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris, aux côtés de Phoenix et Angèle, a replacé « Nightcall » au centre du jeu, devenant le titre le plus shazamé de l'histoire.
On ne peut réduire Kavinsky à ce tube. Armé de son synthé et d'une mythologie de série B, il a donné à la French Touch un nouveau souffle, plus sombre, résolument tourné vers l'imaginaire. « Il a su garder les valeurs d'un mouvement qui est assez farouchement underground, pour le faire exploser et le rendre mainstream, sans renier sa famille », résume Patrick Thévenin. La musique de Kavinsky continuera d'accompagner les nuits et les voyages de ses auditeurs.



