N° 262 samedi 19 septembre 2026

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En Allemagne, l'AfD progresse et met les conservateurs face à leurs responsabilités

La montée de l'AfD en Allemagne place les partis conservateurs européens devant un dilemme : répondre au malaise social sans renoncer aux principes de l'État libéral.

En Allemagne, l'AfD progresse et met les conservateurs face à leurs responsabilités
AfD, quando il voto non basta. Il punto di Corrado Formigli

La progression électorale de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) continue de bouleverser le paysage politique allemand et, par ricochet, l'ensemble des droites européennes. Alors que le parti d'extrême droite s'installe durablement dans le paysage électoral outre-Rhin, une question s'impose aux formations conservatrices : comment répondre au malaise social qui nourrit cette poussée sans sacrifier les principes fondamentaux de l'État libéral ?

Le journaliste et essayiste Corrado Formigli pose le débat en ces termes : les conservateurs européens portent une responsabilité particulière face à ce phénomène. Il ne s'agit pas seulement de contenir l'extrême droite par des cordons sanitaires ou des condamnations morales, mais de comprendre les ressorts profonds du vote AfD. Ce vote traduit un sentiment de déclassement, une défiance envers les institutions et une inquiétude face aux transformations économiques et culturelles que connaît l'Allemagne.

Cette analyse rejoint une préoccupation plus large qui traverse le continent. Partout en Europe, les partis de droite traditionnels sont confrontés à la concurrence de formations nationalistes ou populistes qui captent une partie de leur électorat. En Allemagne, l'AfD a bâti son succès sur une critique de la politique migratoire, de la transition énergétique et des engagements européens, autant de thèmes qui obligent les conservateurs à clarifier leur propre position.

La difficulté est double. D'un côté, ignorer le malaise social reviendrait à laisser le champ libre à l'extrême droite, qui prospère sur les frustrations non entendues. De l'autre, céder aux sirènes de la radicalité risquerait d'éroder les fondements de l'État de droit et des libertés publiques. C'est précisément cet équilibre que les conservateurs doivent trouver, selon Corrado Formigli, sans quoi la démocratie libérale elle-même pourrait sortir affaiblie de cette séquence politique.

Le contexte allemand est d'autant plus sensible que le pays a longtemps fait figure de modèle de stabilité politique en Europe. La percée de l'AfD, notamment dans les Länder de l'Est, a modifié les équilibres et compliqué la formation de coalitions. Les partis traditionnels se retrouvent contraints de repenser leur discours sur l'immigration, la sécurité, le pouvoir d'achat et la souveraineté, des sujets sur lesquels l'AfD a construit une partie de son attractivité.

Pour les conservateurs européens, l'enjeu dépasse donc le seul cas allemand. Il s'agit de démontrer qu'une politique de droite républicaine peut apporter des réponses concrètes aux inquiétudes sociales sans basculer dans les logiques de repli identitaire ou de remise en cause des contre-pouvoirs. La crédibilité de cette alternative dépendra de la capacité des partis concernés à proposer un projet cohérent, ancré dans les réalités économiques et sociales, plutôt qu'à simplement réagir à la pression de l'extrême droite.

À l'heure où les échéances électorales se multiplient en Europe, la question posée par Corrado Formigli résonne bien au-delà de l'Allemagne. Elle interroge la manière dont les démocraties libérales peuvent répondre aux fractures sociales sans abandonner ce qui les définit : la protection des libertés, l'État de droit et le pluralisme. Un défi qui, s'il est mal relevé, pourrait redessiner durablement les équilibres politiques du continent.

Élodie Rivière

Auteur

Journaliste société

Élodie Rivière couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.