Au Darfour du Nord, une frappe de drone a tué au moins 35 personnes dimanche 2 août, selon l’ONG Emergency Lawyers. Le groupe de défense des droits humains accuse l’armée soudanaise d’avoir mené cette attaque contre un tribunal coutumier du village de Garra al-Zawaya. Des civils s’y étaient réunis en pleine journée pour assister à des audiences consacrées à « un certain nombre d’affaires et de litiges locaux », a rapporté l’organisation.
Le bâtiment visé abrite un tribunal coutumier, une institution traditionnelle qui sert à régler les différends locaux et tribaux. La frappe a également endommagé le bâtiment, précise Emergency Lawyers. Ce groupe indépendant documente le conflit ouvert en avril 2023 entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR), deux camps qui se disputent le pouvoir et le contrôle du territoire.
L’attaque de dimanche illustre le recours croissant aux drones dans cette guerre. Selon les Nations unies, plus de 1 000 civils ont été tués dans des frappes de ce type au cours des cinq premiers mois de l’année. L’utilisation de drones est devenue l’une des caractéristiques les plus marquantes du conflit ces derniers mois, avec des frappes qui touchent régulièrement des zones habitées.
Depuis le début de la guerre, en avril 2023, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et des millions d’autres déplacées. L’ONU décrit le Soudan comme le théâtre de la plus grave crise de la faim au monde. Le pays est de fait coupé en deux: l’armée contrôle le nord, l’est et le centre, tandis que les FSR ont consolidé leur emprise sur le Darfour, à l’ouest, et sur une partie du sud.
De son côté, le gouvernement autoproclamé des FSR a condamné l’attaque, la qualifiant de « crime horrible ». Cette réaction émane de la coalition paramilitaire qui tient une grande partie de l’ouest soudanais. L’accusation portée par Emergency Lawyers vise pour sa part l’armée régulière.
Au-delà des combats, la guerre a provoqué une crise humanitaire d’une extrême gravité. Les Nations unies alertent sur la famine qui menace une partie de la population, alors que les déplacements forcés se multiplient. Les habitants du Darfour, une région déjà fragilisée par des années de violences, comptent parmi les plus exposés.
Le drame de Garra al-Zawaya rappelle, une fois encore, le coût humain d’un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts et jeté des millions de personnes sur les routes. Selon l’ONU, le Soudan vit l’une des crises humanitaires les plus graves de la planète, entre violence de masse, déplacements massifs et famine. Les audiences coutumières, rouage essentiel de la vie locale, sont désormais exposées à la guerre.



