Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de la chaîne d'information russe RT France et aujourd'hui chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et dans les colonnes du Journal du dimanche, fait l'objet d'un arrêté ministériel d'expulsion pris par le gouvernement français. L'exécutif lui reproche de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État en servant de « relais » aux campagnes de désinformation du Kremlin. La décision, notifiée à l'intéressée ce mercredi 29 juillet, suscite une vive polémique politique et médiatique.

L'avocat de Xenia Fedorova a annoncé que sa cliente allait « immédiatement former un recours » contre cet arrêté d'expulsion. La chroniqueuse d'origine russe, naturalisée française, conteste les accusations et dénonce une atteinte au pluralisme de la part de l'État. Ses soutiens, issus de divers horizons politiques, y voient une mesure liberticide visant à faire taire une voix dissonante dans le paysage médiatique français.

Dans son arrêté, le ministère de l'Intérieur estime que les prises de position de Xenia Fedorova, systématiquement alignées sur le narratif du Kremlin depuis le début de la guerre en Ukraine, constituent un danger pour l'ordre public et les relations internationales de la France. L'ancienne présidente de RT France est accusée de diffuser une propagande prorusse qui justifie l'agression militaire russe et discrédite les démocraties occidentales. Ses interventions régulières sur les antennes du groupe Bolloré sont pointées du doigt comme des vecteurs de désinformation.

Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Thomas Ménagé, porte-parole du Rassemblement national, a déclaré sur franceinfo ne pas « partager les positions » de la chroniqueuse, tout en appelant à « se protéger des différentes ingérences ». De son côté, l'extrême droite comme certains membres de la gauche ont exprimé leur opposition à cette expulsion, craignant un précédent liberticide. Des personnalités issues du monde des médias et de la culture ont également pris la parole pour défendre le droit d'expression de Fedorova, même si ses idées sont contestées.

Xenia Fedorova a dirigé RT France jusqu'à la fermeture de la chaîne en 2022, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et les sanctions européennes visant le média d'État russe. Elle s'est ensuite imposée comme une voix prorusse influente dans les médias français, notamment sur CNews et Europe 1, où elle intervient régulièrement comme chroniqueuse politique. Son ton polémique et ses positions tranchées lui ont valu des critiques récurrentes, mais aussi un certain capital de sympathie parmi les milieux souverainistes et complotistes.

L'arrêté d'expulsion s'appuie sur l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, qui permet d'expulser un étranger dont la présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public. La chroniqueuse dispose d'un délai pour quitter le territoire, mais son recours suspensif pourrait repousser l'échéance. L'affaire promet de relancer le débat sur les limites de la liberté d'expression face aux ingérences étrangères et à la manipulation de l'information.

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, la France durcit son dispositif de lutte contre les ingérences russes. L'expulsion de Xenia Fedorova s'inscrit dans une série de mesures visant à contrer l'influence du Kremlin sur l'opinion publique européenne. Mais le traitement réservé à une chroniqueuse connue soulève aussi des questions sur le respect du pluralisme et l'indépendance des médias dans une démocratie.