Le Cameroun est de nouveau plongé dans une controverse politique autour de l’absence prolongée de son président, Paul Biya, 93 ans, qui séjourne en Suisse depuis le début du mois de juin. Cette situation a relancé le débat sur l’inaction du pouvoir dans un pays où une partie de la population aspire à un changement. Le chef de l’État, au pouvoir depuis 1982, effectue régulièrement des séjours à Genève, mais la durée de cette absence suscite cette fois des interrogations croissantes.

Mercredi, la polémique a pris de l’ampleur après la publication d’un article affirmant qu’il n’y a « aucune somnolence au sommet de l’État ». Cette mise au point, rapportée par Le Monde, intervient alors que de nombreux Camerounais s’inquiètent de la vacuité apparente du pouvoir et de l’absence de directives claires depuis plusieurs semaines. Les spéculations sur l’état de santé du président, qui a 93 ans, se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les médias, mais aucune information officielle n’a été communiquée à ce sujet.

La santé de Paul Biya est un sujet traditionnellement sensible au Cameroun. Régulièrement, des rumeurs circulent sur son état physique et sur sa capacité à exercer ses fonctions. Cette nouvelle absence, plus longue que les précédentes, alimente un sentiment d’incertitude dans un pays confronté à de multiples défis: crise sécuritaire dans les régions anglophones, menace de Boko Haram dans l’extrême-nord, difficultés économiques et attentes sociales fortes.

Pour de nombreux observateurs, cette absence agit comme un révélateur des fragilités politiques du pays. Le gouvernement continue de fonctionner, mais les décisions importantes semblent en suspens. Des responsables politiques et des membres de la société civile dénoncent une « paralysie » de l’exécutif et s’interrogent sur la capacité de l’État à répondre aux urgences pendant que le président séjourne en Suisse.

Les proches du pouvoir tentent toutefois de calmer le jeu. Des sources proches de la présidence affirment que Paul Biya garde le contact avec ses collaborateurs et qu’il est tenu informé des dossiers en cours. Rien ne filtre toutefois sur son emploi du temps précis, ce qui entretient les rumeurs. Le président, connu pour sa discrétion, n’a pas fait de déclaration publique depuis le début de son séjour européen.

La situation est d’autant plus sensible que le Cameroun doit faire face à des échéances politiques importantes. Aucune annonce officielle n’a été faite concernant l’organisation d’une élection présidentielle, mais le sujet est dans tous les esprits. La question de la succession de Paul Biya reste taboue dans le pays, mais elle est de plus en plus évoquée, y compris dans les cercles proches du pouvoir.

Dans les rues de Yaoundé, comme dans les grandes villes du pays, les Camerounais suivent cette affaire avec attention. Beaucoup regrettent que le président ne soit pas présent pour trancher les dossiers urgents et redoutent une nouvelle période d’immobilisme. D’autres, plus résignés, estiment que la situation n’est pas nouvelle et que le pays a déjà connu de longues absences présidentielles sans conséquence majeure.

La presse internationale, de son côté, s’empare du sujet et le décrit comme un symbole de l’essoufflement d’un régime qui dure depuis plus de quatre décennies. Le président camerounais, véritable doyen des chefs d’État africains, est régulièrement moqué pour ses absences répétées et son style de gouvernement discret. Ces séjours en Suisse, qu’il affectionne particulièrement, sont devenus une sorte de rituel, mais ils suscitent désormais des critiques de plus en plus ouvertes.

Cette controverse relance plus largement la question de la continuité de l’État en Afrique centrale. Le Cameroun, pilier économique de la sous-région, n’a pas connu de transition démocratique depuis son indépendance en 1960. Si Paul Biya n’est pas le seul dirigeant à s’absenter longuement, la longévité de son règne et l’opacité qui entoure sa santé rendent la situation particulière.

Pour l’instant, aucune date de retour n’a été annoncée. Les spéculations vont bon train, alimentées par les réseaux sociaux et par la difficulté du pouvoir à communiquer clairement. En attendant, le Cameroun retient son souffle et s’interroge: combien de temps encore le pays restera-t-il sans son président? La réponse, quelle qu’elle soit, pourrait avoir des conséquences importantes pour l’avenir politique du pays.