N° 267 jeudi 24 septembre 2026

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Religion

Une ancienne religieuse dénonce les méthodes « inhumaines » de formation des jeunes sœurs

Zofia Schacht-Petersen, ancienne religieuse polonaise, raconte dans un entretien les mécanismes de manipulation, le manque d'intimité et les traitements dégradants subis par les jeunes novices, et sa difficile reconquête de liberté.

Une ancienne religieuse dénonce les méthodes « inhumaines » de formation des jeunes sœurs
Convent

Une ancienne religieuse polonaise, Zofia Schacht-Petersen, a livré un témoignage rare sur les coulisses de la vie conventuelle et la formation des jeunes novices. Invitée de l'émission « Nagi Kadr » du portail Goniec, elle décrit des méthodes qu'elle qualifie d'« inhumaines », faites de contrôle permanent, d'absence totale d'intimité et d'une instrumentalisation des jeunes femmes comme main-d'œuvre gratuite.

Selon son récit, les jeunes sœurs sont soumises à un système qui nie leur individualité. La vie quotidienne serait régie par une surveillance de tous les instants, sans espace pour la vie privée. Les outils de pénitence, évoqués sans détour, participent d'une culture de la mortification qui, selon elle, dépasse le cadre spirituel pour devenir une violence psychologique et physique.

Zofia Schacht-Petersen décrit également des mécanismes de manipulation qui enferment les novices dans une dépendance totale à l'égard de l'institution. La culpabilité, la peur et l'isolement seraient utilisés pour briser les résistances et empêcher toute remise en question. Les jeunes femmes, souvent très jeunes au moment de leur entrée, se retrouveraient privées des repères qui leur permettraient de mesurer ce qu'elles vivent.

Le témoignage met en lumière une réalité que l'Église catholique a commencé à reconnaître ces dernières années : les abus de pouvoir et de conscience dans les congrégations religieuses. Si les scandales d'abus sexuels ont occupé le devant de la scène, les questions de gouvernance, d'emprise et de conditions de vie des religieuses restent moins documentées. La parole de Zofia Schacht-Petersen s'inscrit dans un mouvement plus large de libération de la parole au sein de l'institution.

Son parcours personnel illustre la difficulté de sortir d'un tel environnement. Après avoir quitté les ordres, elle raconte la longue reconstruction nécessaire pour retrouver une autonomie et une estime de soi. La rupture avec la communauté ne suffit pas à effacer les réflexes acquis : la peur de désobéir, la honte et le sentiment d'illégitimité persistent longtemps.

Ce témoignage intervient alors que plusieurs congrégations féminines font l'objet de critiques sur leurs méthodes de formation et leur gestion du travail des sœurs. Dans de nombreux pays, des religieuses assurent des tâches essentielles — soins, enseignement, aide aux personnes vulnérables — souvent sans reconnaissance ni rémunération adéquate. Leur engagement est salué, mais leurs conditions de vie et leur liberté personnelle sont rarement interrogées.

Pour Zofia Schacht-Petersen, la question centrale est celle du consentement. Une vocation ne peut être authentique, soutient-elle, si elle repose sur la contrainte, la manipulation ou la peur. Son récit invite à distinguer l'engagement spirituel libre des mécanismes d'emprise qui peuvent s'y greffer.

La diffusion de son intervention a suscité des réactions en Pologne, où le sujet de la vie religieuse reste sensible. Elle rejoint les appels à une réforme de la formation dans les congrégations, portés par des fidèles et des responsables ecclésiaux qui demandent plus de transparence et de respect de la dignité des personnes consacrées.

Le débat ne se limite pas à l'Église catholique : il touche à la manière dont toute institution peut, au nom d'un idéal, exercer une pression excessive sur des individus en situation de vulnérabilité. Le témoignage de Zofia Schacht-Petersen rappelle que derrière les murs des couvents, des femmes vivent des expériences qui interrogent la frontière entre discipline et abus.

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Élodie Rivière

Auteur

Journaliste société

Élodie Rivière couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.