N° 268 vendredi 25 septembre 2026

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Société

Il y a des histoires que l’on porte sans les connaître

Certaines histoires familiales restent longtemps dans l’ombre. Parfois, une question posée dans l’enfance suffit à faire naître une recherche qui nous accompagnera pendant des années.

Il y a des histoires que l’on porte sans les connaître
Maya Solis · Mise en ligne par le chroniqueur
Je ne savais presque rien de mon grand-père, né en Espagne, à La Unión, au début du siècle dernier. Il est mort alors que ma mère n’avait que deux ans. Après sa disparition, ma grand-mère s’est remariée et ma mère a grandi sous le nom de ce second mari.

Dans ma famille, on ne parlait jamais de lui. Jusqu’au jour où, à l’âge de douze ans, j’ai découvert quelque chose qui a éveillé ma curiosité. En regardant le permis de conduire de ma mère, j’ai constaté que son nom de jeune fille n’était pas celui que je connaissais.

J’ai commencé à poser des questions. Très vite, j’ai senti que cela mettait ma mère mal à l’aise. Elle avait peu de réponses à me donner. Et plus je cherchais à comprendre, plus je prenais conscience des silences qui entouraient cette histoire familiale.

Certaines questions restent longtemps en nous.

Elles grandissent avec nous, même lorsque nous cessons de les poser.

Des années plus tard, lors de ma première grossesse, j’ai commencé des recherches généalogiques. J’ai contacté les services concernés afin d’essayer d’obtenir le certificat de naissance de mon grand-père.

Je possédais déjà son certificat de décès. J’avais son nom, une date de naissance et surtout le lieu : La Unión, en Espagne. Mais entre ces quelques informations et la vie de cet homme, il y avait tout un monde que je ne connaissais pas.

Je savais seulement qu’il était arrivé en France sous Franco, qu’on lui avait modifié son nom de famille et sa date de naissance, et qu’il avait travaillé avec mon grand-oncle comme ouvrier dans l’aviation.

Puis les années ont passé. Près de vingt-cinq ans après avoir commencé mes recherches, un voyage m’a conduite presque par hasard à proximité de La Unión.

J’ai décidé de m’y rendre. Je voulais enfin essayer d’obtenir le certificat de naissance de mon grand-père. Je me souviens de ce moment, mais surtout de ce qui s’est passé après.

En sortant de la mairie, mon esprit s’est mis à fonctionner à toute vitesse. Les questions, les hypothèses, les souvenirs, les scénarios possibles se mélangeaient.

Je n’avais pas davantage de réponses, mais quelque chose avait changé.

J’étais désormais là où mon grand-père était né. J’empruntai le même chemin que mes ancêtres mais un siècle nous séparait. Et je me suis rendu compte que je ne pourrais peut-être jamais connaître toute son histoire. Alors j’ai fait ce que je pouvais faire, j’ai écrit.

Au départ, c’était pour moi, pour mettre en évidence et me rappeler précisément mes ressentis, mes impressions. Puis pour mes enfants, pour leur laisser une trace de cette histoire et de mes recherches.

L’écriture m’a permis de donner une forme à ce que je ne pouvais pas résoudre. Elle m’a permis de canaliser mon imagination, de mettre de l’ordre dans mes hypothèses et surtout de ne pas laisser les questions envahir tout l’espace.

Je n’avais pas toutes les réponses et je ne les ai d’ailleurs toujours pas, mais j’avais une histoire à raconter.

Peu à peu, ce récit personnel est devenu autre chose. J’ai commencé à imaginer des personnages, à explorer les conséquences des secrets familiaux, la transmission, les blessures que l’on porte parfois sans savoir d’où elles viennent.

C’est ainsi qu’est né Sur les traces de mes racines.

Alba, mon personnage principal, part elle aussi à la recherche de ses origines. Son histoire n’est pas la mienne, mais elle est née d’une question qui m’accompagne depuis longtemps.

Que devient-on lorsque l’on découvre qu’une partie de notre histoire nous a été cachée ?

À travers Alba, j’ai également voulu parler de ce que nous portons dans nos relations comme l’hypersensibilité, les mécanismes d’une relation toxique, les blessures que l’on peut reproduire sans en avoir conscience, mais aussi le chemin qui mène peu à peu vers la reconstruction.

Chercher ses racines ne consiste pas seulement à regarder en arrière. C’est une manière de comprendre ce qui nous construit aujourd’hui. Et peut-être aussi de se donner la permission d’écrire la suite de son histoire.

La mienne a commencé par une question posée à douze ans devant un permis de conduire. Elle m’a menée jusqu’à La Unión. Et, finalement, jusqu’à un roman.

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Maya Solis

Auteur

Écriture - littérature – transmission - histoire familiale - relations humaines

Je suis Maya Solis, auteure de Sur les traces de mes racines. J’écris autour des histoires familiales, de la transmission, des relations humaines et de ces moments où la vie nous pousse à nous interroger sur nous-mêmes. À travers mes chroniques, je partage des réflexions inspirées par l’écriture et par les thèmes qui traversent mon roman.