Le compte à rebours touche à sa fin pour les supporters français venus en nombre à Dallas, au Texas, pour assister à la demi-finale de la Coupe du monde 2026 entre l'équipe de France et l'Espagne. Mardi 14 juillet, à 21 heures, les Bleus affrontent la Roja dans un match qui s'annonce comme une finale avant l'heure. Pour beaucoup de ces fans, ce voyage au cœur du pays des cow-boys est une première, motivée uniquement par la passion du football.
« On ne serait jamais venus au Texas s'il n'y avait pas eu la Coupe du monde », confient plusieurs supporters français croisés dans les rues de Dallas, troquant volontiers leur béret contre un chapeau de cow-boy pour l'occasion. L'ambiance est à la fête, mais aussi à la concentration, alors que les Bleus cherchent à décrocher une place en finale du tournoi mondial. La ville de Dallas, souvent associée à l'image du Texas conservateur et trumpiste, offre un décor surprenant pour ce rendez-vous sportif planétaire.
Au-delà du match, ce déplacement met en lumière les contrastes d'un État américain qui ne se résume pas à ses clichés. Dallas, ville de JR et de Sue Helen pour les nostalgiques de la série, est en réalité une métropole bien plus diverse qu'on ne l'imagine. « C'est une goutte de bleu dans un océan de rouge », explique Eric Folkerth, pasteur méthodiste de l'Église unie de Kessler Park, dans un quartier cossu de Dallas. Selon lui, la ville a profondément évolué au fil des décennies pour devenir un bastion démocrate dans un État majoritairement républicain.
Eric Folkerth, chanteur de folk à ses heures perdues, est un opposant déclaré à Donald Trump et à sa politique migratoire. Dans son bureau, des photos témoignent de son engagement : on le voit célébrant un mariage entre deux femmes homosexuelles à une époque où cela était contraire aux règles de son Église, ou encore menotté devant la Maison-Blanche après une action de désobéissance civile en soutien aux migrants. « J'ai fait encadrer le reçu de mon arrestation, c'est comme une sorte de trophée », dit-il avec un sourire espiègle. Il raconte avoir participé à une manifestation avec 113 responsables religieux pour protester contre la politique migratoire de Barack Obama, qu'il jugeait déjà « abominable », bien avant le retour de Trump au pouvoir.
Le pasteur insiste sur la complexité du Texas, souvent réduit à une image simpliste. « Dallas est une ville très différente de l'image que beaucoup se font du Texas. Lors des élections, les démocrates y remportent largement la majorité des voix, même si cela n'a pas toujours été le cas. Lorsque j'étais jeune, Dallas était une ville profondément conservatrice. Comme dans beaucoup de grandes villes américaines, la situation s'est progressivement inversée », explique-t-il. Cette diversité politique et sociale contraste avec les opérations de l'ICE, la police migratoire de Trump, qui sévit régulièrement dans la région, même si elles sont restées discrètes durant le Mondial.
Pour les supporters français, l'expérience texane est aussi une découverte culturelle. Entre les pick-up rutilants, les chapeaux de cow-boy et l'univers impitoyable de la ville, certains avouent être surpris par l'accueil chaleureux des habitants. « On s'attendait à quelque chose de plus froid, mais les gens sont très ouverts », témoigne un fan venu de Paris. La Coupe du monde sert ainsi de pont entre deux mondes, permettant aux visiteurs de dépasser les stéréotypes.
Le match contre l'Espagne est un tournant pour les Bleus, qui ont passé les trois quarts de la compétition sur la côte est des États-Unis avant de poser leurs valises à Dallas. La pression est forte, mais l'enthousiasme des supporters ne faiblit pas. Dans les rues de la ville, les maillots bleus se mêlent aux tenues espagnoles, créant une ambiance de fête sportive qui transcende les clivages politiques.
Au-delà du sport, ce Mondial 2026 offre une vitrine sur les réalités américaines, bien plus nuancées que les clichés véhiculés. Comme le résume Eric Folkerth, « cette Amérique est souvent bien plus diverse et multiple qu'on veut bien le croire ». Une leçon que les supporters français, venus pour le football, repartent avec en souvenir, en plus de l'espoir de voir les Bleus soulever le trophée.