Alors que la France et plusieurs régions du monde font face à des incendies de forêt d'une intensité sans précédent, les scientifiques et les autorités misent de plus en plus sur la prévention plutôt que sur la lutte directe. « Le meilleur remède contre un feu incontrôlable, c'est qu'il n'apparaisse pas », résume Jean-Louis Rossi, chercheur à l'université de Corse spécialisé dans les feux de forêt. Pour y parvenir, des technologies de pointe — satellites, drones guidés par intelligence artificielle, caméras thermiques et capteurs — sont déployées aux États-Unis, au Canada et en Europe.

Les incendies extrêmes, qualifiés d'« inarrêtables » par les pompiers, représentent entre 2 et 5 % de tous les feux sur la planète, mais leur proportion augmente avec le réchauffement climatique. L'échelle de Byram permet de mesurer leur intensité: un front de feu de 10 mégawatts par mètre sur 150 mètres développe une puissance équivalente à une centrale nucléaire, rendant les largages d'eau des Canadair inefficaces. Au-delà de 7 ou 8 MW par mètre, le feu ne peut plus être arrêté, seulement attaqué par les flancs. Trois facteurs alimentent cette puissance: la pente, la sécheresse du combustible et le vent. En Gironde, la forêt de pins maritimes, homogène et très sèche après les vagues de chaleur, a favorisé un incendie qui a dévoré plus de 42 000 hectares depuis le 22 juillet.

C'est pourquoi la détection précoce est devenue une priorité. En Californie, le gouverneur Gavin Newsom a annoncé le lancement le 7 juillet des trois premiers satellites FireSat, en partenariat avec la coalition Earth Fire Alliance. D'ici 2030, 50 de ces satellites doivent couvrir l'ensemble de la planète toutes les vingt minutes, permettant de repérer des incendies « aussi petits qu'une cour d'école » avant qu'ils ne se transforment en méga-feux. Parallèlement, des drones équipés d'intelligence artificielle sont testés pour acheminer des ravitaillements dans des conditions de faible visibilité, sans mettre en danger des humains. Depuis 2023, la Californie a aussi développé, avec l'université de San Diego, un réseau de 1 000 caméras dotées d'IA. Plus de 900 incendies ont été détectés sur des terres publiques avant même l'appel au 911.

Le Canada n'est pas en reste. Cette année, plus de 2,2 millions de dollars sont investis dans un projet de recherche interuniversitaire combinant la technologie LIDAR — qui utilise des impulsions laser pour créer des cartes 3D — et le « pouvoir prédictif » de l'IA pour mieux anticiper et gérer les feux de forêt. De l'autre côté de l'Atlantique, l'université de Corse et le CNRS ont développé l'outil Argos: des drones équipés de surveillance thermique géolocalisent rapidement les points chauds, ces braises qui peuvent relancer un incendie. Le programme européen Copernicus fournit quant à lui des informations en temps quasi réel sur les feux de forêt en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Pour Jean-Louis Rossi, « tout dispositif permettant de détecter précocement un départ de feu, suivre son évolution en temps réel et ensuite détecter des points chauds constitue potentiellement un atout pour la lutte contre les incendies ». Il salue les initiatives américaines comme FireSat, mais souligne que ces outils doivent faire leurs preuves sur le terrain et être adoptés par les services de secours. À l'avenir, l'objectif est d'éviter la multiplication des feux de forte intensité, comme en Gironde ou dans le Var. La prévention passe aussi par une meilleure anticipation dès l'aménagement du territoire.

Alors que la saison des incendies s'allonge et s'intensifie avec le changement climatique, ces innovations offrent une lueur d'espoir, mais elles ne remplacent pas la nécessité d'une gestion durable des forêts et d'une réduction des émissions de gaz à effet de serre. La technologie est un allié, mais la prévention reste la clé.