Le football fait vibrer les supporters, parfois au sens littéral du terme. Le 17 juin dernier, à Bergen, en Norvège, un sismographe installé dans une cave de l'université locale a enregistré des vibrations nettes au moment précis où l'attaquant Erling Haaland inscrivait un but contre l'Irak lors d'un match de la Coupe du monde 2026. Ce phénomène, pour le moins insolite, a également été observé au Mexique, où la station sismique d'Anahuac a capté un pic soudain d'énergie provoqué par les célébrations des supporters mexicains après un but de leur sélection.

Au Mexique, l'épisode s'est répété lors du huitième de finale remporté contre l'Équateur (2-0). Les organismes de surveillance ont alors enregistré ce qu'ils décrivent comme un « signal sismique artificiel », selon plusieurs internautes et des médias comme Wired. Ce mécanisme, bien que surprenant, n'est pas nouveau. Une étude publiée en 2024 dans la revue Seismological Research Letters avait déjà montré qu'un concert de Taylor Swift, en août 2023, avait généré de fortes vibrations sismiques, enregistrées jusqu'à environ 9 kilomètres autour du stade.

Mathilde Bottger Sorensen, directrice du groupe de recherche en géophysique de l'université de Bergen, explique ce phénomène. « Il n'est pas rare d'observer des signaux sismiques lors de concerts ou de grands événements sportifs, mais cela se produit généralement quand des dizaines de milliers de personnes sont rassemblées et scandent ou dansent en rythme », détaille-t-elle. Elle cite l'exemple de Clermont en 2017, après la victoire en finale du Top 14. Ce qui rend le cas norvégien particulier, selon elle, c'est que les secousses sont observées très loin des stades où se jouent les matchs.

Les signaux enregistrés en Norvège proviendraient en réalité des rassemblements organisés pour les retransmissions publiques. « Nous avons par exemple une tente accueillant 3 000 personnes tout près de la station sismique de Bergen, où les signaux ont été observés pour la première fois », précise la chercheuse. Les vibrations restent très faibles, mais le phénomène ne semble pas être une exclusivité norvégienne ou mexicaine. « Je ne pense pas que ce soit un phénomène propre à la Norvège, indique Mathilde Bottger Sorensen. Je ne connais pas d'autres endroits où cela a été observé, mais je suis certaine que d'autres exemples pourraient être trouvés si l'on cherchait. »

Un facteur géologique jouerait cependant en faveur de certains endroits. « La Norvège est globalement bâtie sur de la roche dure, qui transmet très bien les vibrations, complète la chercheuse. Avec des roches plus tendres ou des sédiments, on s'attendrait à ce qu'une partie de l'énergie soit dispersée ou absorbée, ce qui donnerait des observations plus faibles. » Ce contexte géologique unique explique pourquoi les célébrations des supporters norvégiens sont si facilement détectables par les instruments de mesure.

En France, le phénomène n'a pas été observé pour l'instant. Sur le site du BCSF-Rénas, l'organisme piloté par l'École et observatoire des sciences de la Terre de Strasbourg et chargé de la surveillance sismique du territoire, aucun événement ne semble avoir coïncidé avec les récents buts des Bleus. Cela n'empêchera pas les supporters français de continuer à vibrer pour leur équipe, notamment lors de la demi-finale contre l'Espagne, programmée mardi.

La Norvège, de son côté, vit une Coupe du monde historique. Qualifiée pour la première fois de son histoire en quart de finale, la sélection scandinave doit une grande partie de son succès à son attaquant vedette, Erling Haaland. Né en Angleterre et jouant en club à Manchester City, Haaland vit un moment très spécial en affrontant l'Angleterre en quart de finale. Ce match, au-delà de l'enjeu sportif, pourrait une nouvelle fois faire trembler le sol norvégien, au sens propre comme au figuré.

Ce phénomène de micro-tremblements de terre provoqués par des rassemblements humains rappelle que la passion du football peut avoir des conséquences inattendues, y compris sur les instruments scientifiques les plus sensibles. Les chercheurs continuent d'étudier ces signaux, qui offrent une perspective originale sur l'énergie collective déployée par les supporters lors des grands événements sportifs.