Miguel Maduro, ancien président du comité de gouvernance de la FIFA créé après le scandale du « Fifagate », brise le silence. Dans un entretien accordé à 20 Minutes, ce professeur de droit portugais, recruté pour redorer l'image de l'institution, dresse un constat accablant : selon lui, Gianni Infantino n'a jamais eu l'intention de réformer en profondeur l'instance et a utilisé les promesses de changement comme un écran de fumée pour asseoir son pouvoir.

Maduro raconte comment il a été recruté en 2015, dans le contexte post-Fifagate, alors que la FIFA cherchait des personnalités extérieures au monde du football, « totalement cleans et indépendantes », pour superviser les réformes. « Ma seule exigence était de pouvoir travailler avec des gens de confiance et d'avoir la garantie de notre indépendance totale », explique-t-il. Mais très vite, il se heurte à la réalité du pouvoir. « Je me suis rapidement rendu compte que la volonté, si tant est qu'elle ait existé, se heurtait rapidement aux intérêts des uns et des autres », confie-t-il.

Le point de rupture survient avant la Coupe du monde 2018 en Russie. Maduro et son comité refusent l'intégration à la FIFA de Vitali Moutko, vice-Premier ministre russe et proche de Vladimir Poutine, en raison de son implication dans le scandale de dopage d'État. Un proche d'Infantino lui aurait alors répondu : « Oui, vous avez peut-être raison, cela va faire un peu de bruit dans la presse pendant une semaine. Mais on passera très vite à autre chose et le monde continuera de tourner. » Maduro comprend alors que « la FIFA ne se réformera jamais par elle-même ».

Les pressions se multiplient. Maduro cite l'exemple des élections à la Confédération asiatique de football (AFC), où son comité voulait écarter un candidat soupçonné de corruption. « Le message n'est pas venu directement de M. Infantino mais de l'un de ses proches. Il nous a expliqué que ça risquait de nuire aux relations avec l'AFC et qu'il serait préférable de trouver une solution », détaille-t-il. Selon lui, Infantino « rêvait d'un comité indépendant qui réponde à ses ordres et qui aille dans le sens de ses intérêts politiques ».

L'ancien allié dresse un parallèle avec la récente polémique autour du « prix de la paix » remis par Infantino à Donald Trump, alors que les États-Unis co-organiseront la Coupe du monde 2026. « En faisant cela, M. Infantino a totalement dépassé les limites du principe de neutralité politique fixé par l'instance », estime Maduro, qui déplore l'inaction du comité d'éthique.

Pour Maduro, la FIFA est aujourd'hui revenue au système d'avant 2015. « Il y a peut-être eu quelques avancées d'un point de vue du contrôle financier mais, de manière générale, le système est le même qu'avant le Fifagate », affirme-t-il. Il décrit une institution fonctionnant sur un « système de patronage politique », où le président utilise les revenus colossaux de la FIFA – notamment via les programmes de développement – pour récompenser les fédérations qui lui sont loyales et qui votent pour lui.

Interrogé sur la stratégie d'Infantino face aux critiques, Maduro est catégorique : « Infantino va attendre que ça se tasse, comme il a toujours fait. » Une méthode qui, selon lui, a fait ses preuves : « Un scandale en balaie un autre, et ainsi de suite. »

Alors que la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, approche, ces révélations relancent le débat sur la gouvernance de la FIFA et la concentration des pouvoirs entre les mains de son président. Maduro, qui a démissionné en 2018, appelle à une véritable indépendance des organes de contrôle et à une transparence accrue dans le fonctionnement de l'instance.