Les funérailles nationales de l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l'Iran tué lors de la guerre au Moyen-Orient, ont officiellement débuté samedi 4 juillet dans un vaste complexe religieux de Téhéran. Dès les premières heures, des milliers d'Iraniens ont afflué dans la capitale pour rendre un dernier hommage au défunt, dont la mort, survenue fin février lors de frappes israélo-américaines, a plongé le pays dans une période de deuil national. La télévision d'État iranienne a annoncé le coup d'envoi de ces cérémonies, qui doivent durer six jours et rassembler, selon les autorités, près de 20 millions de personnes.

Cet événement, qualifié d'« historiques et inédites » par les observateurs, revêt une dimension politique et religieuse majeure. Il intervient dans un contexte de guerre récente contre Israël et les États-Unis, conflit au cours duquel Khamenei a trouvé la mort. Les funérailles sont conçues comme une démonstration de force du régime iranien, qui cherche à mobiliser la population autour de la figure du « martyr victorieux ». Les spécialistes interrogés soulignent que la République islamique d'Iran a une longue tradition de mise en scène rituelle, héritée à la fois de son identité politique et du chiisme, religion doloriste et lacrymale.

Jeudi, Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de l'équipe de négociation iranienne et président du Parlement, a appelé le peuple à « venger » la mort du guide suprême en se rendant massivement aux cérémonies. Le symbole choisi pour ces funérailles, un poing dressé, est sans équivoque : il s'agit de jouer la fibre patriotique pour rassembler autour du régime. Les discours prononcés lors des hommages devraient insister sur la victoire de l'Iran face aux États-Unis et mettre en scène la figure du martyr, selon Jonathan Piron, spécialiste de l'Iran et chercheur associé au GRIP à Bruxelles.

La comparaison avec les funérailles de l'ayatollah Khomeyni en 1989, qui avaient attiré 10 millions de personnes dans les rues, est inévitable. En 2026, l'ampleur de l'événement est accentuée par la mort de Khamenei « en martyr », ce qui lui confère une dimension sacrée supplémentaire. Amélie Chelly, spécialiste de l'Iran et enseignante à l'ICP, rappelle les funérailles de Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods tué en 2020, qui avaient déjà montré la capacité du régime à organiser des rassemblements de masse. Cette fois, le régime n'a rien laissé au hasard pour faire de cet hommage un moment clé de sa communication politique.

Les cérémonies se déroulent dans un contexte de tensions régionales persistantes. La guerre au Moyen-Orient, qui a opposé l'Iran à une coalition menée par les États-Unis et Israël, a profondément marqué le pays. La mort de Khamenei, figure centrale du régime depuis 1989, a créé un vide politique et suscité des interrogations sur l'avenir de la République islamique. Les funérailles nationales sont donc aussi l'occasion pour les dirigeants iraniens de réaffirmer leur autorité et de montrer que le régime reste debout malgré les pertes subies.

Des milliers de fidèles ont déjà commencé à défiler devant le cercueil du guide suprême, dans une atmosphère à la fois recueillie et militante. Les images diffusées par les médias d'État montrent une foule dense, brandissant des portraits de Khamenei et des drapeaux iraniens. Les autorités ont déployé d'importants dispositifs de sécurité pour encadrer cet afflux massif, qui devrait se poursuivre dans les jours à venir. Les funérailles s'achèveront par l'inhumation du corps, dont le lieu n'a pas encore été officiellement confirmé, mais qui devrait avoir lieu dans un sanctuaire religieux de la capitale.

Au-delà de l'hommage rendu à l'ayatollah, cet événement est perçu par les analystes comme un test pour le régime iranien, qui cherche à consolider sa légitimité après une guerre dévastatrice. La mobilisation populaire sera scrutée de près, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Les funérailles de Khamenei s'annoncent comme l'un des plus grands rassemblements de l'histoire récente de l'Iran, avec des répercussions politiques qui dépassent largement les frontières du pays.