N° 243 lundi 31 août 2026

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Technologie

Le Wi-Fi peut désormais identifier une personne sans qu'elle porte d'appareil

Des chercheurs de l'Institut de technologie de Karlsruhe ont mis au point un système capable d'identifier des individus grâce aux perturbations des signaux Wi-Fi, avec une précision de près de 100 %, transformant chaque routeur en potentiel outil de surveillance.

Le Wi-Fi peut désormais identifier une personne sans qu'elle porte d'appareil
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Une équipe de chercheurs de l'Institut de technologie de Karlsruhe (KIT) en Allemagne a développé un système capable d'identifier des personnes à travers les murs, sans qu'elles portent le moindre appareil connecté. En exploitant les perturbations des signaux Wi-Fi provoquées par le passage d'un corps humain, les scientifiques sont parvenus à reconnaître les individus avec une précision de près de 100 %, indépendamment de leur démarche ou de l'angle de passage.

Cette prouesse technique repose sur le Beamforming Feedback Information (BFI), un mécanisme intégré aux normes Wi-Fi modernes. Lorsqu'un routeur émet un signal vers un appareil, celui-ci lui renvoie des informations sur la qualité de la réception. Si un obstacle, comme un corps humain, s'interpose, le signal est altéré et le routeur ajuste son émission pour contourner l'obstacle. Or, chaque corps possède une morphologie unique qui perturbe les ondes d'une manière qui lui est propre, créant une véritable empreinte numérique.

Les chercheurs du KIT, qui ont baptisé leur système BFId, ont testé leur méthode sur 197 participants évoluant dans des environnements équipés de Wi-Fi. En analysant les données BFI, ils ont réussi à distinguer les individus avec une quasi-certitude. « Cette technologie transforme chaque routeur en un moyen de surveillance potentiel », explique Julian Todt, l'un des chercheurs impliqués dans le projet. « Si vous passez régulièrement devant un café qui dispose d'un réseau Wi-Fi, vous pourriez y être identifié sans vous en apercevoir, puis reconnu plus tard, par exemple par des autorités publiques ou des entreprises. »

Le système BFId ne permet toutefois pas, à lui seul, de mettre un nom sur une empreinte numérique. Il peut différencier les individus, mais ne sait pas qui ils sont. Pour identifier formellement une personne, il faudrait croiser ces données avec d'autres sources, comme des images de vidéosurveillance ou des informations obtenues par piratage. Un acteur malveillant pourrait ainsi s'introduire dans le réseau Wi-Fi d'un domicile pour récupérer l'empreinte BFId d'un résident, ou compromettre une caméra de sécurité dans un lieu public pour associer cette empreinte à un visage.

Parallèlement à ces recherches, le fournisseur d'accès à internet américain Comcast a annoncé le lancement d'une fonctionnalité grand public baptisée Xfinity Shield WiFi Motion. Présentée comme un système de sécurité domestique, elle permet à un routeur de servir de détecteur de mouvement sans nécessiter l'installation d'équipement supplémentaire. Les signaux Wi-Fi, en rebondissant dans le logement, sont interrompus par les corps en déplacement, ce qui modifie leur intensité et leur trajectoire. Le routeur enregistre ces variations et détecte ainsi la présence d'une personne en mouvement dans la pièce.

Ces avancées soulèvent d'importantes questions éthiques et juridiques. La capacité à suivre des individus à leur insu, sans qu'ils transportent d'objet connecté, pourrait être utilisée à des fins de surveillance de masse, de profilage commercial ou de harcèlement. Les chercheurs de Karlsruhe appellent à une réflexion approfondie sur l'encadrement de ces technologies, alors que les frontières entre sécurité, vie privée et liberté individuelle deviennent de plus en plus floues.

Étienne Chevalier

Auteur

Reporter sport

Étienne Chevalier couvre pour Nacrée l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.